Doha Alnaimee est originaire de Al-Yarmouk, en Syrie. Son mari travaille bénévolement comme conseiller d’orientation pour EineWeltHaus[1]. Depuis un an, une fois par semaine, elle enseigne l’arabe à des enfants d’âge différent. L’intégration n’a pas toujours été chose aisée pour elle. C’est pourquoi elle aimerait maintenant soutenir d’autres personnes tout en préservant la langue arabe en Allemagne. Elle fait la promotion d’une intégration par le plurilinguisme.
par Daria Voronkina
Bonjour Doha, merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Tu es bénévole à EineWeltHaus (Maison du Monde) et responsable des cours d’arabe. J’aimerais savoir, comment tout cela a-t-il commencé ?
À l’origine, c’est mon mari, Hussam, qui a eu l’idée d’organiser un cours d’arabe. Il y a trois ans, il s’est engagé pour un Bundesfreiwiligendienst[2] (service volontaire fédéral) au sein de la Auslandsgesellschaft[3] (Société pour l’étranger). C’est là qu’il a eu l’opportunité de proposer trois cours d’arabe. Pour cela, Maja, Manja et Andreas l’ont beaucoup aidé. Depuis, nous disposons de trois salles de classe, dans lesquelles, chaque dimanche, deux autres professeurs et moi-même donnons des cours d’arabe à des enfants de 6 à 13 ans.
Et comment en es-tu venue à enseigner l’arabe ? C’est ton domaine de spécialité ?
Avant de commencer à enseigner l’arabe ici, j’ai été institutrice en école maternelle pendant neuf ans dans mon pays. Je maîtrise bien les différentes méthodes d’apprentissage et mon expérience me permet de proposer un cours plein de variété et de bonne qualité. J’avoue que j’aime beaucoup travailler avec les enfants, car il y a toujours beaucoup de place pour la créativité.
Si la créativité fait partie intégrante du cours d’arabe, quelles activités organises-tu avec les enfants en classe ?
Le cours dure 3 heures en tout et nous faisons une pause au milieu. En général, nos participants sont assez jeunes et ont donc besoin de bouger de temps en temps. Je conçois mon cours de façon polyvalente : j’amène des fiches bristol, des images, des coloriages, des feutres ou de la peinture. Ainsi, les enfants peuvent prendre plaisir au cours. Avec un projecteur, nous regardons ensemble des vidéos en arabe et nous discutons ensuite des thèmes abordés dans ces vidéos. Nous organisons aussi différents évènements. Et même si les jours de fête en Allemagne sont vraiment différents de ceux de notre pays, nous essayons quand même d’organiser quelque chose.
Quand c’est possible, les parents peuvent amener des spécialités pour les jours de fête, ou alors nous organisons des jeux pour les enfants et nous peignons ensemble des posters que nous affichons ensuite sur les murs.
Selon toi, en quoi les langues jouent-elles un rôle crucial dans l’intégration ?
Je crois que la langue reflète les spécificités d’une culture et qu’il est donc important pour s’intégrer de comprendre la langue et de pouvoir la parler. Tout le monde aspire à être admis dans une nouvelle société.
Qu’est-ce qui te motive à donner des cours aux enfants ?
La langue arabe joue pour nous un très grand rôle et fait partie intégrante de notre religion, dans laquelle nos traditions et notre mode de vie sont étroitement liés au Coran. C’est donc crucial pour nous de transmettre notre culture et notre langue maternelle aux nouvelles générations. Je remarque que les enfants qui viennent nous voir ne savent pas tous lire ou écrire arabe. Alors on recommence à zéro et on apprend d’abord l’alphabet arabe. Pour cela, nous avons de super manuels, qui sont adaptés à l’âge des enfants et qui contiennent de nombreux exemples illustrés. Le cours de langue arabe que nous proposons est utile pour des enfants qui ne parlent arabe qu’avec leur famille ou leurs amis.
Et comment s’est passé ton parcours d’apprentissage de l’allemand ?
La langue a été pour moi la partie la plus difficile de mon intégration, car je ne pouvais pas m’exprimer. Depuis que je suis en Allemagne, j’ai eu toujours ce désir de mieux m’exprimer en allemand. C’est pour ça que j’ai commencé à suivre un cours d’allemand pendant deux ans. Je dois néanmoins admettre que j’ai eu du mal à utiliser le vocabulaire et la grammaire pendant un bon moment. L’allemand et l’arabe sont très différents et je ne pouvais pas toujours faire de parallèle entre les concepts. Chaque mot allemand ou presque a plus d’une ou deux significations et ce n’est pas facile de s’en souvenir du premier coup. Puis la pandémie est arrivée en 2020 et c’est devenu très difficile de pratiquer mon allemand. Je n’avais pas de contact réel avec les locuteurs natifs. Mais malgré cette situation, je n’ai pas abandonné et j’ai atteint le niveau B1 comme prévu.
Aucune langue n’est simple et ton histoire nous montre à quel point tu es déterminée et capable d’apprendre l’allemand. Cela peut aussi en motiver d’autres, en particulier ceux pour qui l’intégration est difficile. Pour finir, j’aimerais encore poser une question : quel est ton souhait pour le cours d’arabe ?
En 2022, nous avons encore une classe à ouvrir, comme ça nous pourrons apprendre l’arabe à 15 enfants de plus. La plupart des participants sont de jeunes enfants, mais il y a aussi plusieurs jeunes qui ont plus de 15 ans et qui aimeraient bien prendre des cours d’arabe. Je me réjouirai quand nous pourrons réaliser ce souhait-là. Et évidemment, organiser des évènements pour les enfants et leurs parents reste vraiment difficile en ces temps de pandémie. J’aimerais que plus d’activités soient mises en place pour les enfants.
[1] NdT : Association où sont menés des débats sociopolitiques dans plusieurs villes d’Allemagne.
[2] NdT : Depuis 2011, des personnes peuvent s’engager pour le bien commun dans le domaine social, écologique ou culturel ainsi que dans le domaine du sport, de l’intégration et de la protection civile. L’objectif est d’asseoir le concept de service volontaire et de l’ouvrir aux adultes de plus de 27 ans.
[3] NdT : Association qui s’engage pour l’entente entre les peuples et le dialogue international.
Traduction de l’allemand par Cassandre Rhétière