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Communiquer : exclure ou partager ? (Guy Jucquois)

2005, Diogène

Une double menace pèse sur la liberté de communication. Dans les pays riches, la mondialisation conduit à une uniformisation de la pensée par la voie de regroupements nationaux et internationaux. Dans le domaine de la culture comme dans le secteur des sciences, plus particulièrement celles de l'homme, la diversité est une exigence de survie et de démocratie. Les impératifs de rendement et de productivité sacrifient la diversité humaine au profit d'objectifs économiquement rentables. Ainsi, dans le domaine de la communication, les concentrations éditoriales sur tous les supports entravent la libre circulation des idées en la canalisant dans le champ du marketing et de la commercialisation. Dans les pays du Sud, l'absence de supports rend la communication peu abordable pour la plupart des citoyens. Le silence des idées s'ajoute ainsi aux autres carences en besoins élémentaires, santé, alimentation, logement… La mondialisation des échanges accroît l'illusion d'une communication qui serait désormais plus accessible pour tous. Faute d'un accès au savoir et à la culture, les exclusions s'accentuent. En réalité, au Nord comme au Sud, la possibilité pour chacun de faire connaître sa pensée-ses recherches, ses créations culturelles ou artistiques, de communiquer une expérience personnelle…-s'amenuise dans le même temps où les progrès techniques paraissent offrir au contraire à chacun les moyens de s'exprimer et d'avoir quelque chance d'être entendu. L'universalisation progressive des échanges condamne corrélativement au silence du récepteur un pourcentage croissant des contemporains. En fait, plus puissants sont les médias utilisés, plus silencieux et passifs deviennent leurs destinataires 1. De façon paradoxale, l'explosion des technologies de la communicationentraîne un écart plus grand entre les nantis et les défavorisés, bridant les premiers dans une « pensée unique » et excluant les seconds de toute participation au dialogue. Il n’y a pas de liberté de pensée dans un monde où n’existe plus qu’un seul canal, fût-il édité de manières infiniment variées, pour l’exprimer. Le consensus consumériste n’exprime jamais les aspirations démocratiques, mais la stupidité béate de leur léthargie.

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