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Littérature du Sud-Tyrol - Cosmopolite par son trilinguisme

Le mémorial de Walther von der Vogelweide à Bolzano. La statue de ce poète lyrique du Moyen-âge de langue allemande a donné son nom à la place sur laquelle elle a été érigée. En plus de l'allemand, on parle aussi l'italien et le ladin au Tyrol du Sud.

 

© imago / Südtirolfoto / imago stock&people

Par Matthias Kußmann · 06/11/2022 · Cliquez ici pour accéder à l'article original en allemand.

Extrait de l'émission : Littérature

 

Le Sud-Tyrol est connu pour ses pommes. Il y a des dizaines d'années, il l'était pour des attentats à la bombe. Depuis, la paix est revenue dans la province italienne. Mais, les préventions et les sentiments xénophobes entre les groupes linguistiques de la région demeurent. La littérature s'en fait (également) l'écho.

"Alto Adige"(Haut-Adige), c'est le nom italien du Sud-Tyrol. Dans la province la plus au nord du pays, on baigne dans trois cultures et on parle trois langues : l’italien, l’allemand et le ladin. Cette diversité fait de cette région prospère une vitrine du projet européen, mais elle amène également son lot de tensions et de conflits.

 

Attentats aux explosifs et bombes

Pendant des siècles, l'allemand a été la langue la plus parlée dans au Sud-Tyrol. Après la 1ère Guerre Mondiale, la province fut annexée par l'Italie. Le dictateur Benito Mussolini voulait "italianiser" cette contrée. Il décréta des sanctions contre la population germanophone et envoya des dizaines de milliers d'Italiens y vivre, en particulier à Bolzano, où il leur fit bâtir un immense quartier doté de logements et de zones industrielles.

En 1948, un statut d'autonomie devait assurer l'égalité des droits entre les trois groupes linguistiques, mais les privilèges des italiens perdurèrent. Les habitants germanophones se radicalisèrent et perpétrèrent des attentats contre des lieux symboliques et des infrastructures. Plus tard, ils allèrent jusqu’à viser les forces de l'ordre italiennes.

Dans ses livres, Sepp Mall se penche sur cette histoire de violence. "Parce qu'il s'agit aussi de notre histoire, l'histoire du Sud-Tyrol, qui certes a en partie été traitée d'un point de vue historique, mais qui autrement, est à peine considérée au quotidien”, explique-t-il.

 

Égalité de droits entre les groupes linguistiques

Le deuxième statut d'autonomie qui rétablit la paix au Sud-Tyrol entra en vigueur en 1972. Il rend la "province autonome" indépendante du gouvernement de Rome à maints égards et promeut la cohabitation égale en droits entre les groupes linguistiques. Cependant, une vieille exigence n'est pas honorée : l’enseignement scolaire dans les langues de la province. Il n'y a que dans les écoles du plus petit groupe linguistique, celui des ladins, où elle est respectée.

 

 « Du côté allemand, on ne cesse de répéter : Attention, si nous avons un contact trop étroit avec l'italien nous perdrons notre identité, notre identité germano-tyrolienne. Quand les enfants grandissent avec le multilinguisme, ils apprennent mal l'allemand etc...Certains Italiens qui observent le même phénomène depuis l'autre côté ont aussi leurs raisons, à savoir la perte de leur "Italianità"(italianité), qui, comme ils l'expliquent, les relie au reste de l'Italie. Ce sont, à mon avis, les peurs qui se cachent derrière cela. »
Sepp Mann, Auteur du Sud-Tyrol 


Des postes administratifs au prorata

Avec près de 70% de la population sudtyrolienne, le groupe linguistique germanophone compose la plus grande partie de la population. Les italophones en constituent 26% et les ladins seulement 4,5%. Le plus petit groupe est nettement moins associé aux décisions politiques que les deux plus importants. En effet les fonctions politiques sont distribuées à la proportionnelle au Sud-Tyrol, c'est-à-dire selon la part de population que représentent les différents groupes linguistiques. Les Ladins et Ladines sont alors contraints de se rapprocher des personnes parlant l'italien ou l'allemand et d'apprendre ces langues, pour simplement exister.

L'écrivaine ladine Rut Bernardi s'exprime donc sans se faire d'illusions : "Les Ladins sont perçus comme du folklore, pour ainsi dire. C'est bien sympathique. Un politique fera peut-être un salut en ladin ou apprendra comment dire bonjour en ladin, mais c'est tout. Ils ne feraient pas l'effort de prendre des cours de langue, afin de pouvoir discuter avec les Ladins et Ladines dans leur propre langue. Jusqu'ici je n'en ai connu aucun.

Les Ladins ne sont pas les seuls à se plaindre. Les germanophones au Sud-Tyrol, de loin le plus grand groupe de population, continuent de souffrir d’avoir été défavorisés lors de l'italianisation. En attendant, la règle de la proportionnelle leur assure d'occuper la plupart des postes influents, ce qui à nouveau crée des insatisfaits : les italophones, qui revendiquent le fait qu'au bout du compte, ils vivent quand même en Italie.


Une langue politisée

L'écrivain italien Stefano Zangrando s'exprime : "Toute ma jeunesse j'ai entendu : "Fais attention, quand tu auras 18 ans, il faudra que tu votes pour la droite italienne, pour défendre les Italiens contre les Allemands.” Au moment où j'ai compris le sens de tout ça, j'ai dit : ça ne va pas du tout !"
Ces tensions et la distance entre les groupes linguistiques sont sous-jacentes, mais elles ne déterminent pas la vie au Sud-Tyrol. Le temps où il valait mieux se taire dans certaines régions car la langue parlée était interprétée comme une appartenance à un groupe de population est révolu. Pour les autrices et auteurs, l’attention accrue portée à la langue fait naturellement partie du quotidien mais en tant que sudtyroliens et sudtyroliennes, ils doivent constamment contourner la politisation de la parole.

Traduit de l'allemand par Auriane De Poorter