Entre la vingtaine de langues appelées langues régionales qui sont parlées en France métropolitaine, six d’entre elles sont catégorisées comme de l’occitan ou de la langue d’oc. Bien que plus d’un demi-million de personnes parlent occitan, et maintiennent une pratique éducative, médiatique et culturelle, la langue a vu son nombre de locuteurs s'effondrer. Quelle en est la cause ?
L’occitan (qui se prononce « outsita » en occitan) tire son nom de la division de langues romanes dérivées du latin autour de la prononciation du mot « oui » selon les lignes qui divisent la France en deux. Dans le nord, il prend la forme du mot « oïl », alors que dans le sud, il devient « oc », ce qui donne l’origine du nom langue d’oc et de l’occitan, qui est aussi utilisé pour décrire la zone géographique et culturelle d’Occitanie qui représente une grande partie du sud de la France.
Comme langue écrite, l’occitan est reconnu depuis le Xᵉ siècle, et a été utilisé comme « langue judiciaire, littéraire et parlée » jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, elle demeure une langue toujours dominante chez les occitans, dont la plupart ne comprennent pas le français.
Qui parle occitan aujourd'hui ?
Le nombre de locuteurs occitans se prête à de nombreuses interprétations qui reflètent différentes interprétations de la maîtrise et de la pratique de la langue.
Aujourd’hui, les estimations varient : Selon une étude linguistique de 2020 du Bureau de la langue occitane, établissement public créé en 2016 qui recouvre 22 départements, réalisée sur 8000 personnes majoritairement d’Occitanie, en moyenne 7% de la population parleraient occitan. Ce nombre représente plus d’un demi-million de locuteurs.
Actuellement, on dénote six variantes principales de l’occitan selon la région où réside une grande partie de ses locuteurs : le gascon, le languedocien, le provençal, l'auvergnat, le limousin et le vivario-alpin.
Hormis la France, d’autres pays reconnaissent l’occitan comme langue avec un statut régional officiel : l’Espagne, dans la région du val d’Aran, et l’Italie avec les vallées occitanes du Piémont et de Ligurie, Monaco compte également 15% d’occitanophones
En France, les occitanophones sont en moyenne des hommes de 66 ans qui vivent à la campagne et qui pratiquent principalement cette langue avec leurs familles, leurs amis, leurs voisins. Plus de détails sur cette enquête sont disponibles dans cette vidéo sur YouTube.
Il est important de noter qu’il n’existe pas d’occitanophones monolingues. Nous pouvons diviser les locuteurs de cette langue en deux catégories : une population âgée de 60 ans qui parle occitan car sa famille lui a transmis la langue, et deuxièmement un groupe que nous pourrions qualifier de néo occitanophones, qui apprennent la langue à l’école en immersion, et dont les parents et la famille ne parlent pas toujours occitan.
Quant à l’éducation scolaire, l’occitan compte différentes écoles d'immersion appelées Calandreta. L’occitan est aussi proposé comme matière facultative dans les écoles et est enseigné dans les universités, où il est possible d’obtenir un diplôme en langue et culture occitane.
Au niveau médiatique, il existe une chaîne de télévision en occitan, OcTele, plusieurs stations de radio, en général bilingues en occitan et en français, et une série de sites d’information régionaux en occitan. Le rôle des médias est essentiel, ils valorisent une langue et contribuent à la transmettre aux générations futures car ils incluent une langue dans la modernité et la culture numérique.
En même temps, la culture est un vecteur qui permet de conserver l’héritage du passé, d'éviter la perte du folklore ou de la muséologiser. Pour cela, le monde occitan dispose de différentes institutions culturelles qui participent à la renommée de cette langue : les académies littéraires comme les Juegos Florales qui datent de 1694, la fondation Félibrige qui date de 1854, le Bureau des langues occitanes comme abordé précédemment et les maisons d’éditions en occitan.
Certaines de ces initiatives, comme certains médias, bénéficient d’un soutien financier de l'État et de soutiens privés.
Une langue toujours menacée
Toutes les initiatives décrites dans ces articles sont positives et montrent une rénovation certaine, bien qu'un fait reste établi : le nombre de locuteurs ne cesse de diminuer. Il ne semble pas que l’on puisse en attribuer la faute aux initiatives culturelles.
Le phénomène de recul est lié au vieillissement des locuteurs occitanophones traditionnels, dont la population baisse peu à peu. Mais réduire un problème à une explication purement démographique serait trop simple.
En effet, il existe des facteurs politiques aussi essentiels. L’une des raisons principales est l’imposition du français, qui s’est traduite depuis trois siècles par une accumulation d’arguments juridiques pour empêcher une plus grande utilisation de l’occitan. De cette manière, depuis 1802, il est interdit de parler une autre langue que le français dans les écoles publiques. Cette interdiction a été renforcée par des sanctions et a été maintenue jusque dans les années cinquante, quand on a commencé à enseigner les langues régionales.
Le débat est loin d’être clos, comme le démontre la dernière polémique autour de la loi Molac de 2021 sur l’enseignement immersif dans les écoles publiques, l’État étant toujours lié par l’article 2 de la Constitution selon lequel : « La langue de la République est le français. »
Les internautes de langues régionales et leurs représentants - militants, personnalités politiques et du monde de la culture – peuvent se référer à la Charte européenne des langues minoritaires et régionales, mais Paris refuse de ratifier cette Charte, après l’avoir signée. Cette méfiance récurrente envers les langues régionales explique la difficulté de valoriser l’occitan au sein des jeunes générations, et surtout à plus grande échelle.
C’est comme cela que l’explique Jean-Christophe Dourdet, chercheur en langue occitane, dans un article de 2020.
"La question de la revitalisation des langues est avant tout une question sociolinguistique. Plutôt que de demander une reconnaissance officielle des langues, d’autres approches de « revitalisation » visent à revendiquer des droits linguistiques pour les locuteurs et groupes de locuteurs de ces langues. Cette approche ne fonctionne que s’il existe une conscience linguistique suffisante pour permettre une revendication de groupe. En France, les locuteurs des langues de France ne présentent en général qu’une très faible conscience linguistique étant donné qu’ils considèrent leurs idiomes comme des « patois » au sens d’objets dépréciés. Cette idée est le fruit de décennies de politiques linguistiques françaises niant toute diversité linguistique au profit du tout français comme langue universelle d’émancipation."
La question de la réanimation des langues est une question sociolinguistique avant tout. Plutôt que de chercher la reconnaissance officielle des langues, d’autres approches de « revitalisation » tendent à réclamer des droits linguistiques pour les locuteurs de ces langues. Ce point de vue ne marche que s’il y a une conscience linguistique suffisante pour permettre une revendication de groupe. En France, les locuteurs des langues locales ont habituellement une faible conscience linguistique, considérant leurs idiomes comme des « patois », c’est-à-dire des objets sans grande valeur. Cette idée est le résultat de décennies de politiques linguistiques françaises qui nient la diversité linguistique et qui favorisent le français comme langue universelle de l’émancipation.
La situation peut seulement évoluer en un sentiment de revalorisation active dans le cas d’un soutien politique clair qui ne considère pas les langues régionales comme une menace. À ce sujet, la Charte européenne est très claire sur la définition de ses objectifs.
"La Charte se fonde sur une approche qui respecte pleinement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Elle ne conçoit donc pas les relations entre les langues officielles et les langues régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme ; le développement de ces dernières ne doit pas, en effet, entraver la connaissance et la promotion des premières. Selon la Charte, chaque langue a sa place légitime."
La Charte se base sur une approche qui respecte pleinement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Elle ne conçoit donc pas la relation entre les langues officielles et régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme ; le développement des langues régionales ou minoritaires ne doit pas poser obstacle à la connaissance et à la promotion des langues officielles. D’après la Charte, chaque langue a sa place.
James Costa, chercheur britannique qui travaille sur les langues occitanes et écossaises, entre autres, résume bien la situation, qui semble rappeler que la demande de plus de droits pour l’occitan se place dans une perspective plus ouverte sur l’avenir.
"In that sense, language revitalization isn’t about regenerating pre-existing groups, but about inventing new ones, on new terms, while drawing on a construction of those groups as timeless or ancient."
À ce sujet-là, la réanimation linguistique ne veut pas dire régénérer un groupe préexistant, mais plutôt en inventer de nouveaux basés sur de nouveaux principes, alors que l'on utilise une base intemporelle ou ancienne de ces groupes.
Traduction : Jules Laborie-Fulchic
Article original : https://es.globalvoices.org/2021/08/10/declive-del-occitano-fracaso-de-las-iniciativas-culturales-o-fracaso-del-estado/