Publié le 24 février 2023 à 10h29
Depuis la création de l’Union européenne (UE), le multilinguisme et le plurilinguisme ont été considérés comme des valeurs clé et des principes directeurs de ses politiques, à tel point que l’on trouve déjà dans son Traité fondateur :
« L’Union respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen ». (Article 3)
Cette idée est à nouveau soulignée dans la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (1992). En outre, en 2021, le Conseil de l’Europe considère les langues comme « des aspects fondamentaux de la vie des personnes et du fonctionnement démocratique de la société ».
Ce qui est sûr, c’est que la réalité linguistique de l’UE a bien changé depuis sa fondation : en 1958, elle comptait quatre langues officielles (allemand, français, italien et néerlandais), tandis qu’il y en a 24 en 2023. Il faut y ajouter plus de 60 langues régionales, en plus de celles parlées par les immigrés (pour rappel, on estime que plus de 175 nationalités cohabitent dans l’UE).
L’Europe est ainsi devenue un puzzle linguistique en constante mutation.
Le plurilinguisme n’est pas le multilinguisme
Il est d’abord important de définir les concepts de plurilinguisme et de multilinguisme, souvent employés à tort comme des synonymes.
Le plurilinguisme se situe dans la sphère individuelle, et désigne la capacité des personnes à parler plus d’une langue. Le multilinguisme, lui, se situe dans la sphère sociale et désigne la cohabitation de plusieurs langues sur un territoire.
Loin d’être considérés comme un handicap, le plurilinguisme et le multilinguisme sont mis en avant comme des instruments pour renforcer la cohésion sociale, le dialogue interculturel, la compétitivité économique, l’emploi et la mobilité. Et ce, pour diverses raisons, dont les suivantes :
1. Les langues sont en elles-mêmes un patrimoine culturel unique et incomparable, constituant un héritage commun.
2. Elles favorisent la cohésion sociale, en rendant possible le dialogue interculturel et la compréhension mutuelle.
3. Elles définissent des identités culturelles.
4. Le multilinguisme et le plurilinguisme sont la norme, et non l’exception, dans les différents territoires de l’UE.
5. Le fait de parler plusieurs langues ouvre de nombreuses portes au niveau personnel et professionnel.
6. Du point de vue des entreprises, compter sur un capital humain plurilingue augmente sa compétitivité à l’échelle mondiale.
Quelques données
Dans ce contexte, les données sur le multilinguisme et le plurilinguisme montrent une certaine disparité concernant les compétences, la motivation et les perceptions (Eurobaromètre, 2012) : par exemple, 46 % des citoyens européens affirment qu’ils ne peuvent pas tenir une conversation dans une langue étrangère.
Ce pourcentage monte à 56 % dans le cas de l’Espagne, et baisse à 25 % pour la Finlande et à 5 % pour la Lettonie.
En outre, 34 % des citoyens de l’UE déclarent que le plus grand frein pour apprendre une langue étrangère est la motivation. Enfin, bien que la majeure partie des citoyens considèrent qu’être plurilingue est un avantage pour trouver un travail, seuls 10 % d’entre eux pensent se sentir plus européens grâce au plurilinguisme.
Quid des futurs enseignants et de l’école ?
L’un des défis majeurs de la promotion du multilinguisme et du plurilinguisme est de renforcer la connaissance des langues et la valeur de cohésion du multilinguisme dès l’école.
Mais dans beaucoup de programmes scolaires des différents degrés de l’enseignement, les éléments que nous venons de mentionner ne sont pas inclus avec la profondeur nécessaire. Il en va de même pour d’autres méthodes, ressources et expériences fructueuses en matière d’enseignement des langues (comme par exemple la méthode EMILE, la School Education Gateway ou eTwinning).
Dans ce contexte, l’objectif du projet européen MULTILING-EU est de former de futurs professionnels de l’enseignement de l’Université de Lleida (Espagne) à la valeur et à l’importance du plurilinguisme et du multilinguisme.
Pour cela, un module de 40 heures sur ces sujets est introduit comme élément essentiel de différentes matières, sous la forme de cours magistraux et d’ateliers, en passant par des activités pratiques, avec la participation de chercheurs et de chercheuses des universités de Lleida, Oviedo (Espagne), Bath (Royaume-Uni), Mons (Belgique), la Radboud University (Pays-Bas) et Toulouse Capitole.
Parallèlement, l’objectif est aussi de transmettre ces connaissances aux autorité, aux autres professionnels et à la société en général, à travers des séminaires avec des institutions comme le Departament d’Educació de la Generalitat de Catalunya, le secrétariat de la politique linguistique et d’autres institutions promouvant le multilinguisme. En outre, les connaissances recueillies et mises en forme (un répertoire documentaire, des infographies, un Guide des bonnes pratiques, etc.) seront mises à disposition de toute personne intéressée.
Notre objectif final est de contribuer à améliorer la formation des futurs professionnels de l’enseignement, de manière à ce que leurs élèves soient formés dans le respect de la différence et la valorisation de la diversité culturelle et linguistique, sans doute l’un des défis de notre société.
Traduit par Geneviève Le Gouguec