Septembre 17, 2013 par Geoffrey Pullum
Leeuwarden, Frise, Pays-Bas - Ma mission ici dans la plaisante ville frisonne de Leeuwarden, dans la seule province officiellement multilingue de Hollande, est de discuter avec Guillaume Thierry pour savoir si l'apprentissage d'une nouvelle langue façonne votre pensée et votre vision du monde, lors d'une conférence sur le multilinguisme. Mais déjà, juste lors de la conversation à la table du déjeuner le premier jour, j'ai appris quelque chose de nouveau et de surprenant sur la domination mondiale croissante de l'anglais.
J'ai parlé à un Américain anglophone, parlant couramment l'allemand, qui élève ses enfants comme des bilingues anglais/allemand. Il réside actuellement t en Allemagne, rattaché à une université de Hambourg. Le point principal de ce poste est de leur permettre à lui et à sa famille s’immerger dans une communauté germanophone, donc naturellement il veut parler allemand avec ses collègues de l'université allemande. Mais à son grand étonnement, il constate qu'ils ne le veulent pas. Ils veulent qu’il utilise l’anglais avec eux. Leur attitude envers ses tendances germanophone est nettement désapprobatrice.
À la même table je trouvais le spécialiste linguistique appliquée, Robert Phillipson, qui m'a parlé d'un anglophone, qui vit en Corée et vit la même chose encore plus fortement. L’homme en question a appris le coréen vraiment bien, et l'utilise pour parler aux élèves et aux collègues, mais il dit rencontrer une réelle hostilité à ce sujet. Les collègues tout comme les étudiants semblent penser qu'il est de mauvais goût de faire une telle chose. Certains semblent presque considérer le fait qu’il parle le coréen presque une attitude raciste, comme si en leur parlant coréen eux, il les stéréotypait comme est-asiatique ou même se moquait d'eux.
Ses efforts honnêtes pour accomplir la tâche très difficile d'apprendre le coréen (il est sans aucun rapport avec l’anglais ou les autres langues d'Europe occidentale bien sûr) sont non seulement rejetés mais considérés comme une sorte d'insulte. Il a écrit pour demander des conseils. Il pense qu'il peut effectivement avoir des difficultés à obtenir un autre emploi en Corée maintenant que les employeurs commencent à se rendre compte qu'il parle le coréen couramment.
Juste deux anecdotes, bien sûr, pas un sondage scientifique. Mais j'ai été choqué. J'avais bien sûr vu ce genre de réticence à laisser les étrangers se joindre à la communauté linguistique avec des langues de très faible prestige, par exemple les langues créoles. Les efforts pour apprendre le créole jamaïcain sont généralement accueillis avec colère plutôt qu’avec plaisir en Jamaïque: les Jamaïcains, surtout la classe moyenne ou des personnes ayant étudié en bac, veulent être considérées comme anglophones. Ils ont tendance à mépriser le créole qui est en fait le principal moyen de communication orale dans tout le pays.
Mais été découragé d’apprendre des langues nationales prestigieuses comme l’allemand de Berlin et le coréen de Séoul ? Ça m'a étonné.
La domination mondiale de l'anglais est un fait inexorable de l'état du monde: l'anglais est une langue officielle dans 50 ou 60 pays à travers le monde, et dans presque tous les pays il est utilisé dans une certaine mesure, au moins comme un moyen de base au commerce, le contrôle du trafic aérien, ou les communications officielles aux étrangers. Aucune autre langue n'a rien cet aspect comme cette monnaie internationale. Dans une petite mesure ça a été conçu par les politiques officielles britanniques et américaines et par des organisations (le point que Robert Phillipson soutient vivement dans son livre de 1992 L'impérialisme Linguistique), mais la majorité de celui-ci me semble être qu'un simple coup de chance. Le grand voilier de l'anglais standard a été poussé par des vents favorables non-mérités comme les réussites massives de Hollywood, de la Silicon Valley, de Wall Street, de la BBC, de la musique pop américaine et britannique, etc.
Cependant, je ne m’étais pas tout à fait rendu compte que l'anglais commençait à être dominant et tant désiré que ses locuteurs sont condamnés ou brimés pour avoir eu la témérité même d'essayer d’utiliser d’autres langues.
Dieu sait, il est déjà difficile de convaincre les Britanniques ou les Américains de prendre au sérieux l'idée d'apprendre une langue étrangère à un haut degré de compétence. (L'année dernière, j'ai passé quelque temps à réfléchir sur ce que seraient les meilleurs arguments pour les convaincre d'essayer: Voir les messages Lingua Franca ici et ici et ici). Mais si les apprenants assidus d'autres langues sont rejetés et dédaignés, et mis sous pression pour revenir à un rôle prédéfini de modèles pour ceux qui cherchent à pratiquer leur anglais, alors l'enthousiasme des anglophones pour entreprendre le travail acharné afin de devenir multilingue risque de tomber pratiquement à zéro.
Traduction: Ana Megrelishvili
Source:http://chronicle.com/blogs/linguafranca/2013/09/17/keep-your-multilingualism-to-yourself/