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L'ouvrage La Caste de David Rothkopf - Les deux paragraphes manquants, traduction manipulée ?

Ancien directeur de la firme de consultants créée par Henry Kissinger, Kissinger Associates, David Rothkopf a travaillé au département du Commerce sous la présidence de Bill Clinton. Il est membre du Carnegie Endowment for international Peace, un institut de recherches basé à Washington.

En 2008, il a publié l'ouvrage Superclass, traduit en français par les éditions Robert Laffont sous le titre La Caste.

La version française a été expurgée de deux paragraphes essentiels à la compréhension de l'ouvrage et le texte de la 4ème page de couverture est une version onirique d'un texte source qui était une véritable alerte adressée au monde occidental face à l'accentuation dramatique des inégalités.

Sans doute l'éditeur a-t-il jugé que le public français n'était pas assez mûr pour entendre et lire quelques vérités. A ne pas vouloir les entendre, on s'expose aux plus grands périls, nous avertissait David Rothkopf.

Le monde occidental glisse inexorablement dans le populisme le plus délétère et la démocratie part petit à petit en lambeaux.

Voici les deux paragraphes en page XXI de l'édition américaine (Farrar Straus Giroux) supprimés dans la version française et qui auraient du figurer en page 17 :

"Some—mostly Americans—have suggested that by using the word “class” I am at risk of entering the intellectually disreputable territory of Marxism and class warfare. If acknowledging what is obvious to any sentient being—that social and economic classes remain in the world even as mobility between those classes has improved for a few subsets
of humankind—is intellectually disreputable, well, then I’m all for it. In fact, I embrace it. This book is, by its nature, very much about the gross inequality in the distribution of power-and wealth in the world. My position is that these are issues we ignore at our peril—in practical terms, in political terms, and perhaps most of all, in moral terms.
The reality is that the combined net worth of the world’s richest \ thousand or so people—the planet’s billionaires—is almost twice that of the poorest 2.5 billion. The human race may have made great progress over the centuries, but such disparities are an indictment of our civilization. And, I believe, they are a threat to its stability."

Voici une traduction de ces deux paragraphes supprimés :

"Certaines personnes – la plupart américaines – m'ont suggéré qu'en employant le mot “classe”, je prenais le risque de pénétrer sur le territoire intellectuellement peu recommandable du marxisme et de la guerre des classes. Si la reconnaissance de ce qui est évident à tout être sensé – que les classes sociales demeurent dans le monde bien que la mobilité entre ces classes se soient améliorée pour quelques fragments du genre humain – alors je suis totalement pour. En fait, j'y adhère. Ce livre vise, fondamentalement, et prioritairement les grosses inégalités dans la distribution du pouvoir et de la richesse dans le monde. Ma position est que ignorer ces problèmes c'est courir un grand péril – pour des raisons pratiques, politiques, et peut-être surtout, morales.
La réalité est que la plus grande richesse du monde, concentrée sur à peu près un millier de personnes – la planète des milliardaires –, est presque le double des 2,5 milliards les plus pauvres. L'espèce humaine a pu faire de grands progrès au cours des siècles, mais de pareilles disparités mettent en cause notre civilisation. Et je crois qu'elles sont une menace pour sa stabilité."

Et voici maintenant la version de la 4ème page de couverture telle qu'elle a été publiée par l'éditeur américain :

"EACH OF THEM 1S ONE IN A MILLION . They number six thousand on a planet
of six billion. They run our governments, our largest corporations, the power­houses of international finance, the media, world religions, and, from the shad­ows, the world's most dangerous criminal and terrorist organizations. They are the global superclass, and they are shaping our history.
Today's superclass has achieved unprecedented levels of wealth and power. They have globalized more rapidly than any other group. But has their influ­ence fed the growing economic inequality that divides the world? What was their role in the global financial crisis of 2008? Drawn from scores of exclusive interviews and extensive original reporting, Superclass takes us from the corpo­rate boardrooms of America's most powerful companies to dinner meetings with Russia's most notorious oligarch, from the secretive meetings of the Trilateral Commission and the Bohemian Grove to China's upstart Boao Forum for Asia. This is the first in-depth examination of the connections among the global com­munities of leaders who are altering our politics, our institutions, and the shape of the world in which we live." 

Et voici la version de la 4ème page de couverture telle qu'elle a été publiée par les Editions Robert Laffont

"Six mille hommes dirigent six milliards d’êtres humains. Une caste préside nos gouvernements et nos plus grandes entreprises, gère nos finances, représente nos pays au sein d’assemblées multinationales, contrôle nos journaux, nos télévisions, façonne nos idées. À l’heure de la mondialisation, délivrée des contraintes des États-nations, sa fortune et son influence sont sans précédent, sans limites et sans frontières.
Fruit d’une longue enquête à travers le monde, ce livre nous entraîne sur les traces de cette nouvelle élite, des conseils d’administration jusqu’aux portes de l’exécutif, des neiges de Davòs aux banlieues chics de Santiago du Chili, des studios d’AI-Jazira aux puits de pétrole de la Guinée-Bissau. On y croise des oligarques russes et des mercenaires privés américains, les champions de la finance ou les seigneurs d’Internet, des commandos terroristes et les armées du Pentagone, des mafias et des Églises. Dans la sophistication ou la brutalité, parfois aussi dans l’avidité et l’excès, ils forment un réseau incontrôlable où se concentrent le pouvoir, la politique et l’économie.
Aujourd’hui la tempête financière a écarté de la scène certains membres de cette élite. Comme le souligne David Rothkopf, la crise a mis en lumière la nécessité d’une gouvernance mondiale. La Caste devra évoluer et accepter plus de régulation, faute de quoi, comme toutes les élites avant elle, elle disparaîtra.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Faure

Bien évidemment ce texte ne peut prétendre être une traduction. L'utilisation du passé sous-entend que les problèmes sont réglés, que les responsables ont été écartés, que la crise est derrière nous. C'est une reformulation idéologiquement orientée du texte source, une traduction manipulée. L'auteur a-t-il validé cette traduction et l'amputation de son livre de deux paragraphes essentiels. C'est ce que nous allons essayer de savoir.