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Les clés d’un meilleur apprentissage des langues pour les personnes réfugiées

Original publié le 9 juin 2025

Apprendre une langue à l’âge adulte ne se fait pas toujours pour les mêmes raisons que lorsqu’on était enfant. Parfois, cet exercice devient un moyen de survivre à des évènements personnels imprévus, lorsque vous quittez votre pays car votre vie est en danger par exemple. Dans cette situation, il peut arriver que vous vous retrouviez dans un lieu où tous les panneaux et les informations qui vous entourent sont écrits dans un autre alphabet. Vous devez alors réapprendre à lire, lettre par lettre.

C’est le cas des adultes réfugiés. Dès leur arrivée dans leur pays d’accueil, la barrière de la langue leur fait prendre de plein fouet le choc culturel. Apprendre à parler une langue pour se faire comprendre devient alors crucial.

Monter dans un bus, expliquer au médecin leur problème de santé ou passer un entretien d’embauche sont tout autant de situations inévitables du quotidien qui impliquent une communication verbale et non verbale.

Entre 2011 et 2020, le Royaume-Uni a recueilli un grand nombre de personnes réfugiées de diverses origines. Au cours de l’année universitaire 2019-2020, la Education and Training Foundation (« Fondation pour l’éducation et la formation » en français) et le gouvernement britannique ont mené des études visant à déterminer les besoins des personnes réfugiées pour s’intégrer rapidement à leur nouvel environnement.

Plusieurs adultes réfugiés au Royaume-Uni ont été interrogés pendant ce processus, dans le but d’établir les situations dans lesquelles l’anglais était nécessaire et le type d’exercices qui les aiderait le mieux à apprendre la langue.

Outre l’élaboration de matériel didactique (ESOL for Refugees: Resources for New Arrivals), cette étude a permis de comprendre que ce public assimile bien plus facilement les connaissances dans des activités où leurs cinq sens sont mobilisés, indépendamment de la technique d’apprentissage de chacun.

L’apprentissage significatif dans la vraie vie

 

Les adultes en état de choc culturel ou qui ont vécu un traumatisme personnel apprennent plus facilement une langue par le biais de la méthode directe ou de la participation active.

Visiter les lieux (aller au marché, dans une école, etc.) ou faire des jeux de rôles (appeler France Travail ou le médecin) permet aux élèves de mettre en pratique ce qu’ils apprennent dans leur vie de tous les jours, tout en tenant compte de leurs éventuelles difficultés en informatique. Ces exercices les aident à relier leurs expériences passées à leur situation présente, et s’inscrivent dans une démarche plus générale d’apprentissage significatif.

Contrairement aux enfants qui doivent parfois imaginer de nouvelles situations pour pratiquer la langue qu’ils apprennent, les adultes possèdent un bagage d’expériences plus large, ce qui leur permet de les associer directement à leur quoditien actuel.

Vivre avec leur traumatisme

 

Par ailleurs, le vécu récent des réfugiés peut fortement influencer leur attitude lors des cours. Ils peuvent par exemple avoir subi un traumatisme dans leur pays d’origine car ils ont perdu leur maison, leurs biens, leurs proches et leurs soutiens. Le voyage qu’ils ont entrepris peut aussi les avoir déstabilisés, et le fait de devoir s’adapter à une nouvelle culture, avec la solitude et le manque de ressources que cela implique, peut devenir source de stress.

Ainsi, il est essentiel d’adapter certaines méthodes habituellement utilisées en cours de langue lorsqu’on enseigne aux personnes dans cette situation. Il est possible par exemple de tolérer les retards ou les absences, ne pas rendre la participation obligatoire, laisser un espace suffisant à chaque élève, ne pas les mettre dans une situation délicate, corriger leurs erreurs avec tact et ne pas partager d’informations sensibles sur leur pays d’origine ou leur histoire personnelle ni les forcer à le faire. Il est également très important de ne pas aborder les sujets susceptibles de raviver des souvenirs douloureux (la famille ou les voyages par exemple) et de s’appuyer sur la troisième personne en évitant la personnalisation.

Les sessions doivent être clairement structurées et se dérouler selon la même organisation, avec des règles et des limites définies dès le début. Quant au contenu, il doit être utile aux réfugiés pour leurs besoins du quotidien et doit permettre de leur donner des objectifs réguliers et de suivre leurs progrès. Il est également recommandé d’appliquer des méthodes de premiers secours en santé mentale, en débutant le cours par un temps de méditation ou de relaxation par exemple.

Apprendre la langue de leur pays d’arrivée constitue un passage obligé pour les personnes réfugiées et les aide à devenir des membres à part entière de la communauté qui les accueille. Même si le chemin pour arriver à une éducation vraiment inclusive est encore long, certains outils et méthodes pédagogiques ont déjà ouvert la voie.

Cet article a été écrit en collaboration avec Luisa Robinson, professeure pour adultes d’ESOL et professeure d’espagnol du Service d’Éducation pour adultes du Comté de Leicester (Royaume-Uni).

Autrice de l'article original : Mercedes Enríquez-Aranda

Traduit par Lorena Danhyer

Source : https://theconversation.com/como-mejorar-la-ensenanza-de-idiomas-para-las-personas-refugiadas-250457