par Ursula Panuschka
Education- Langue- Erasmus+
Traduction : Anne-Sophie Watrin
Article original :
https://www.oead.at/fileadmin/oead_zentrale/ueber_den_oead/publikationen/pdf/oead.news/2
014/oead-news-95-web.pdf
Promouvoir l’apprentissage des langues et la diversité culturelle est un des objectifs principaux du programme Erasmus+. Des méthodes alternatives de transmission de langues, et ainsi aussi de compréhension de cultures étrangères suscitent un grand intérêt.
L’internationalité est un vieux standard de la pensée scientifique, du commerce et de l’enseignement. Les savants antiques, déjà, étaient des cosmopolites qui étudiaient et agissaient dans différents pays, ce qui profitait considérablement au partage d’idées et au développement de la science. Au Moyen-Âge, nombreuses étaient les personnes sachant parler plusieurs langues alors qu’il est bien connu que, à l’exception du latin, aucune langue n’était systématiquement enseignée dans les écoles. S’il s’agissait surtout du latin, du grec et de l’hébreu qui constituaient la base de tout transfert de savoir, c’est l’influence de Luther sur la langue allemande qui joue plus tard un rôle important d’un point de vue rhétorique et (également) communicationnel. L’action de Luther contribua de manière décisive au développement et à l’expansion de la langue allemande. L’innovation consista alors dans le fait qu’il estima la langue allemande comme égale aux trois langues considérées jusqu’alors comme sacrées, l’hébreu, le grec et le latin.
Wilhelm von Humboldt voyait, lui, la compréhension de la culture – et ainsi également la diversité des langues – comme un élément absolument primordial dans toute discussion sur l’éducation : devenir un citoyen du monde signifie se pencher sur les grandes questions de l’Humanité : s’engager pour la paix, la justice, l’échange culturel, d’autres rapports entre les sexes ou encore un autre rapport à la nature. Aujourd’hui encore, l’internationalité est une part indispensable de la vie scolaire, universitaire et professionnelle. La communication s’entend comme élément crucial de la culture quotidienne. Ceci englobe aussi bien l’appropriation d’une langue, l’acquisition de compétence linguistique ainsi que la communication interculturelle.
Langue et coopération européenne
L’Autriche est un pays de diversité linguistique. Un cinquième des écoliers emploie une autre langue en plus de l’allemand au quotidien. Plus d’un quart de tous les cours organisés par les Universités populaires sont des cours de langues. Dans l’agence nationale OeAD-GmBH pour l’apprentissage tout au long de sa vie, de nombreux projets sont proposés, parmi lesquels beaucoup sont encouragés. Le travail en amont est marqué principalement par un intense travail en commun, un riche échange d’idées différentes et, en définitive, la découverte d’un dénominateur (linguistique) commun. L’ensemble advient dans l’idéal lors de conversations personnelles mais la plupart du temps c’est en réalité de façon virtuelle. Ceci m’amène au terme souvent critiqué ces derniers temps de Digital Natives1, c’est-à-dire la génération née à partir de 1980. Est-ce déjà une compétence linguistique de pouvoir échanger sur de nouveaux médias,
réseaux sociaux...etc ? Le langage informatique est-il une langue devant siéger ou exister de manière équivalente parmi les autres ?
Mais restons-en au stade de la rencontre personnelle des partenaires du projet : ici la langue est d’une très haute importance car elle ne transporte pas seulement des faits mais également des positions, des peurs, des espoirs, des désirs et des points de vue. N’oublions pas là l’importance du langage corporel qui peut créer du lien, séparer, blesser, encourager et bien plus encore. Samy Molcho, un pantomime de talent, publia en 2009 un livre sur ce thème Emeus-moi mais ne me touche pas , dans lequel il est surtout question d’une compréhension, d’indiquer les signes de façon sensible, car c’est uniquement de cette manière qu’il est possible de réagir ou de respecter le besoin de l’autre. Des coopérations avec des malentendants requièrent une compétence linguistique supplémentaire : le langage gestuel, qui est comme toutes les autres langues empreint de différences culturelles.
Rapidement la question suivante se pose : l’anglais reste-t-il la langue fédératrice d’un projet commun ou bien doit-on soumettre le projet dans une autre langue européenne ? La plupart du temps, dans plus de 90% des projets multilatéraux proposés, la langue anglaise est choisie comme langue commune de projet. Le travail autour d’un projet, d’un thème, la construction d’un produit commun du projet est, pour des raisons pratiques, bien soumis à la dictature d’une lingua franca. L’anglais comme lingua franca et comme compétence clef a bien entendu l’indétrônable avantage de permettre (plus aisément) les coopérations et les transferts de savoir, cependant il lui manque une spécificité culturelle. Dans leur manuel de philologie romane Introduction à la linguistique italienne , Dieter Kattenbusch et Horst Geckeler rappelaient à leurs étudiants en 1986 : « quiconque souhaiterait valider avec succès un cours introductif en linguistique italienne devrait se doter parallèlement d’idées précises sur la géographie italienne, d’un aperçu sur les époques principales de l’histoire de ce pays et d’un aperçu sur l’histoire de la littérature italienne- du moins de ses périodes récentes». Il est alors passionnant de voir une à une les influences linguistiques du groupe de projet dans la coopération quotidienne : quand il s’agit toujours d’évaluer les projets européens, se cristallisent alors les domaines de langue, d’apprentissage des langues, de renommée à travers la langue et de diversité des langues comme un axe bien clair de travail commun. Un simple « Goddag » (bonjour en danois) ou bien « Ce Faci ? » (comment vas-tu ? en roumain) ouvre souvent la porte à d’autres cultures et modes de vie. Pourtant, dans toute l’Europe apparaissent encore et encore les remises en questions suivantes : la diversité est-elle un bien et le plurilinguisme un enrichissement ? Ou bien l’Union Européenne serait-elle plus concurrentielle sur le plan économique avec une langue officielle unique ? La multiplicité des langues a-t-elle-même un effet destructeur sur l’homogénéité de l’Union ? Où l’identité culturelle de l’Europe se montre-t-elle ? Tant d’experts et tant d’opinions.
Et puis, ces questions ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà au 19ème siècle, les hommes se sont interrogés sur la manière de gérer la diversité linguistique en Europe, car avec les mouvements d’indépendance qui conduisirent à de nouveaux états nationaux avec de nouvelles langues nationales, la diversité des langues se fit sensiblement plus grande. L’esperanto, « planifié » en 1887 par un ophtalmologue polonais, paraît à l’époque tout comme aujourd’hui n’apporter aucune solution. Et l’Europe se définit aussi par la diversité des cultures et des langues- à l’image de sa devise « unie dans la diversité ». Plurilinguisme et diversité linguistique doivent être encouragés en tant que ressource précieuse de notre société. De nombreux projets menés avec succès prouvent aussi à quel point cette devise s’illustre dans la coopération quotidienne.
Le plurilinguisme promet toujours une richesse intellectuelle parce qu’il familiarise avec des idées autres et étrangères.
Le rôle du programme de formation Erasmus+
Le plurilinguisme est un aspect crucial du projet européen et un symbole fort de l’aspiration de l’UE à l’unité dans la diversité. La compétence en langues étrangères joue un rôle important dans une meilleure préparation des hommes au marché du travail, afin qu’ils puissent faire le maximum parmi les possibilités existantes. Promouvoir l’apprentissage des langues et la diversité linguistique est un des objectifs principaux du programme Erasmus+ et ainsi un thème important pour l’agence nationale pour l’apprentissage tout au long de sa vie. Dans le cadre du programme Erasmus+ sont encouragés parmi d’autres des projets de mobilité pour la formation des professeurs à l’outil CLIL 2 car l’intérêt pour des méthodes alternatives de transmission des langues et ainsi aussi de compréhension de cultures étrangères est dès lors très grand. (Sur les 182 projets de mobilité approuvés dans le domaine scolaire, un tiers a pour objet le thème de l’apprentissage des langues dans la formation des professeurs).
Améliorer la visibilité de ses propres compétences linguistiques- c’est ce qu’entend soutenir le passeport linguistique européen. L’agence nationale est active au sein du comité des langues autrichien (ÖSKO), une plateforme participative pour la promotion du plurilinguisme et de la diversité linguistique. Le comité des langues autrichien a été fondé par le Ministère fédéral de l’éducation et de la recherche (BMBF) en coopération avec le Centre autrichien de compétences linguistiques (ÖSZ) et le Ministère fédéral de la science, de la recherche et de l’économie (BMWFW) afin de renforcer les interactions interdisciplinaires et la démarche commune dans les questions linguistiques. L’agence nationale pour l’apprentissage tout au long de sa vie récompense tous les deux ans, en coopération avec le ÖSZ, les meilleurs projets autrichiens sur le thème de l’apprentissage des langues avec l’ESIS (Label européen pour les initiatives innovantes).
Par ailleurs : la Journée des langues le 26 septembre a aussi lieu chaque année dans le cadre de la participation de l’agence nationale pour l’apprentissage tout au long de sa vie.
1 Note du traducteur : « enfants du numérique ».
2 Note du traducteur : apprentissage intégré du contenu et de la langue.