Etats généraux du multilinguisme dans les Outre-mer Actes des rencontres du 14 au 18 décembre 2011, Cayenne
Multilinguisme, plurilinguisme : pratiques individuelles, pratiques sociales
Isabelle LÉGLISE Chargée de recherche au CNRS/ Structure et dynamique des langues - Centres d'études des langues indigènes d'Amérique Il m’incombe la tâche difficile d’introduire des discussions sur « multilinguisme » et « plurilinguisme », « pratiques individuelles » et « pratiques sociales ». Je vais rappeler un certain nombre de termes et les illustrer par quelques exemples simples de mes travaux en Guyane. Ces termes sont chargés de sens, chargés d’enjeux. Il me semble que quand on parle de multilinguisme, il faut d’abord partir d’une idéologie dominante et de la méconnaissance ou de la négation de la diversité linguistique, en France, en général. Nous sommes en France, et en France métropolitaine en particulier, face à une idéologie monolingue dominante. Quand je commence mes cours, souvent je pose cette question à mes étudiants : « À votre avis, combien y-a-t-il de langues parlées en France ? », la réponse qui arrive immédiatement est « le français », ensuite, les étudiants sont très secs. Et pourtant, l’enquête famille de l’INSEE montrait qu’il y avait plus de 400 langues maternelles parlées en France métropolitaine. Cette idéologie monolingue dominante, qui est au moins hexagonale, probablement aussi nationale et qui déborde loin également dans les Outre-mer, est non seulement très présente mais je pense qu’il faut partir d’elle pour comprendre ce qui se joue. Pourtant, on connaît évidemment ces cartes de la diversité linguistique en France hexagonale (cf. carte 1) et ces résultats de l’INSEE (cf. illustration 2) qui montrent, pour les langues issues de l’immigration, de bons taux de transmission en famille par exemple ainsi que de nombreux locuteurs pour toutes ces langues.