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Quand la langue tire la science ! (J-M Levy-leblond)

levy-leblond.jpg" Pour la science, selon R. Barthes, le langage n’est qu’un instrument, que l’on a intérêt à rendre aussi transparent, aussi neutre que possible, assujetti à la matière scientifique (opérations, hypothèses, résultats) qui, dit-on, existe en dehors de lui et le précède  : il y a d’un côté et d’abord les contenus du message scientifique, qui sont tout, d’un autre côté et ensuite la forme verbale chargée d’exprimer ces contenus, qui n’est rien."

Et R. Barthes de montrer que cette forme vide, cet usage objectif du langage, est en fait illusoire (il parle de « leurres purement grammaticaux »), et que la science reste toujours sous la dépendance du sujet et donc sous la coupe de l’imaginaire.

Jean-Marc Lévy-Leblond part de ce point de vue de R. Barthes pour analyser la question du rapport entre langue maternelle et de culture et créativité scientifique. Pour J-M Levy-Leblond, la séparation est purement illusoire, y compris dans les sciences dites "exactes", et cette question dépasse largement celle pratique de la ou des langues de publication.

"La domination quasi-monopolistique d’une langue, quelle qu’elle soit, inhibe le jeu des mots et des idées, souvent stimulé par les traductions, passages et échanges d’une langue à l’autre, qui peuvent permettre d’assouplir et d’affiner l’expression de la pensée. Pour ne prendre que deux exemples, que serait la langue de la philosophie telle qu’elle se fait en France, si elle n’était passée par l’allemand pour revenir au français (et je ne parle pas des seuls emprunts qui ne sont pas l’essentiel, mais plutôt des mots traduits, et même des tournures syntaxiques) ? Et que serait la langue des arts, plastiques et musicaux, sans l’italien ?"

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Cet article est déjà paru dans le numéro de décembre 2010 de la revue L'Archicube des anciens élèves de l'école normale supérieure de Paris.