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L’UE reporte le vote sur l’officialisation du catalan, du basque et du galicien par manque de consensus

27 mars 2025

Bruxelles/Madrid/Barcelone/Tokyo (EuroEFE). – Mardi, les pays de l’Union européenne ont reporté le vote sur le statut officiel du catalan, du basque et du galicien dans l’Union européenne, devant le manque d’unanimité des 27 en raison de doutes juridiques, financiers et politiques, ont rapporté diverses sources diplomatiques à l’agence de presse espagnole EFE.

Alors que le gouvernement espagnol avait demandé que le vote soit mis à l’ordre du jour, une dizaine de pays ont expressément demandé qu’il en soit retiré ; la Pologne, qui occupe la présidence tournante de l’UE et a pour rôle de modérer les débats, a décidé de remettre la question à plus tard.

Parmi les ministres qui se sont exprimés devant la presse, seuls les ministres danois et slovène ont assuré qu’ils auraient voté en faveur de la demande espagnole, si elle avait été soumise au vote.

Cependant, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a insisté sur le fait que le processus vers l’officialisation est déjà « irréversible », affirmant que seuls « sept » des 27 États membres de l’Union européenne (UE) ont de réelles objections.

Réticences de la France, des pays nordiques et baltes

 

Le refus vient principalement des pays nordiques et baltes, qui craignent que cela ne crée un précédent pour que d’autres langues minoritaires, comme le russe ou le turc, ne réclament un statut officiel.

La France se méfie également des possibles revendications des Corses et des Bretons : son ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a déclaré mardi que son pays souhaite « trouver une solution, (…) mais que cela doit se faire dans le consensus et le respect du droit et des textes européens ».

Le ministre finlandais des Affaires européennes, Joakim Strand, a indiqué pour sa part qu’il faut prendre « très au sérieux » les « doutes juridiques » exprimés à l’oral par les services juridiques du Conseil de l’UE concernant l’adéquation de la question avec l’article 55 du traité de Lisbonne, qui fait référence aux langues originales dans lesquelles il est rédigé.

« J’espère que nous n’allons pas devoir voter aujourd’hui car la question n’est pas prête », a indiqué Strand à son arrivée au Conseil.

Dans le même ordre d’idées, la ministre suédoise des Affaires européennes, Jessica Rosencrantz, a assuré que « la Suède et d’autres pays ont émis des doutes » sur l’évaluation juridique et sur celle des coûts pendant le processus.

La ministre autrichienne de l’Europe, Claudia Plakolm, a également souligné qu’il « y a encore des questions juridiques et de coûts ».

Chypre, qui craint que la minorité turque ne puisse aussi réclamer un statut officiel pour sa langue, a signalé que la demande de l’Espagne « est une situation différente, mais qu’il est aussi important de ne pas créer de précédent », selon les mots de Marilena Raouna, vice-ministre chypriote des Affaires européennes.

Le Danemark et la Slovénie y sont favorables

 

Au contraire, le secrétaire d’État aux affaires européennes de Slovénie, Marko Stucin, a dit en arrivant à la réunion : « S’il y a un vote, nous l’appuierons ». C’est également le cas du gouvernement danois.

« Le Danemark ne s’opposera pas à trouver un consensus sur cette question. S’il y avait un vote, nous voterions oui », a déclaré la ministre danoise des Affaires européennes, Marie Bjerre.

Changements dans la proposition initiale

 

Ces dernières semaines, l’exécutif de Pedro Sánchez a intensifié ses contacts avec ses associés européens et a apporté des changements à sa proposition initiale (d’août 2023) pour essayer de vaincre les réticences rencontrées parmi les 27.

Ainsi, l’Espagne prévoit que la traduction de la législation européenne dans les trois langues se fasse par phases, à partir de 2027, en commençant d’abord par les règlements depuis 2017, et en remettant à plus tard les autres décisions, comme les directives communautaire.

Le processus suivrait ainsi une logique similaire à celle adoptée pour l’irlandais, devenu langue officielle de l’UE en 2007, deux ans après que l’Irlande en a fait la demande. Il avait cependant fallu attendre 2015 pour commencer à traduire les lois, par manque de traducteurs disponibles.

L’Espagne insiste en outre sur le fait qu’elle assumera le coût que suppose la traduction de la législation communautaire en catalan, en basque et en galicien. Selon une estimation préliminaire de la Commission européenne, basée précisément sur l’expérience de l’irlandais, ce coût s’élèverait à 132 millions d’euros.

Le gouvernement avance aussi que les trois langues sont reconnues comme langues cooficielles dans la Constitution espagnole et qu’on peut déjà les utiliser dans les Cortes generales, aussi bien au Congrès qu’au Sénat, raison pour laquelle l’UE doit accepter leur officialisation. L’exécutif a porté cette requête à Bruxelles à la demande du parti Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne).

Albares considère le processus « irréversible »

 

Malgré l’issue de la réunion, Albares s’est montré optimiste, considérant que le processus initié pour obtenir un statut officiel est déjà « irréversible », selon ses déclarations à la chaîne de télévision catalane 3/24 .

Il a souligné que la reconnaissance de ce statut est un engagement « inaliénable » du gouvernement espagnol et a annoncé qu’il comptait contacter ce mardi même les ministres des Affaires étrangères des sept pays réticents pour essayer de dissiper leurs doutes « financiers et juridiques » à ce sujet.

Il en a également profité pour lancer un appel à « tous les partis politiques espagnols », notamment au PP en tant que principal parti d’opposition, à « se joindre à cet effort, qui doit être collectif », pour convaincre les gouvernements des États membres qui ne donnent pas « encore » leur aval à la proposition d’officialisation demandée par le gouvernement de Pedro Sánchez.

Les réticences de Feijóo

 

De son côté, le leader du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a affirmé qu’il défend toutes les langues d’Espagne, y compris le catalan, mais qu’il n’est pas sûr qu’il soit légal d’approuver l’officialisation de leur statut en Conseil des affaires générales de l’UE, et qu’il a également des doutes concernant le coût économique pour l’Espagne.

En conférence de presse, il a indiqué que le rapport technique du Conseil signale qu’on peut se trouver « devant une présomption d’illégalité ». En effet, pour que le basque, le galicien et le catalan puissent être des langues officielles de l’UE, une réforme des traités serait nécessaire « pour donner la place aux langues qui ne sont pas officielles dans la totalité d’un État membre ».

Il a ajouté qu’il « y a un certain nombre de considérations juridiques » concernant les plus de 40 langues qui ne sont pas officielles dans l’ensemble d’un État, comme c’est le cas des langues d’Espagne, qui ne sont pas officielles dans l’ensemble du pays, mais dans les communautés autonomes respectives ».

Lundi, le secrétaire général du PP de Catalogne, Santi Rodríguez, a signalé que le parti avait lancé des appels pour que d’autres pays de l’UE s’opposent à la proposition, bien que ces dires n’aient pas été confirmés.

Illa voit l’officialisation « se rapprocher »

 

De son côté, le président de la Généralité de Catalogne, Salvador Illa, a affirmé mardi que la reconnaissance du catalan, du galicien et du basque comme langues officielles de l’UE « est plus proche » et a critiqué la posture de Feijóo, qu’il a qualifiée d’« obstructionniste » et « difficile à expliquer ».

« L’unanimité de 27 pays n’est pas facile à obtenir », a-t-il admis en conférence de presse pendant son voyage au Japon. Il a également loué la position « profondément européiste » de la Catalogne.

Illa a exprimé sa « profonde confiance » dans le fait que les trois langues jouiront « rapidement » du statut officiel dans l’UE, mais également sa « profonde déception » vis-à-vis du Parti Populaire et de Feijóo. Selon lui, ce dernier « a travaillé pour qu’une langue d’une communauté qu’il a présidée, le galicien, ne soit pas officielle en Europe ».

Pendant ce temps, l’ex-président catalan et leader de Junts, Carles Puigdemont, a accusé le PP de « conspirer avec des pays tiers pour aller contre les intérêt officiels du Royaume d’Espagne », après le report du vote sur l’officialisation du catalan, du basque et du galicien dans l’UE.

Dans un message publié sur le réseau social X, Puigdemont s’est demandé si le PP « fait l’apologie de la désobéissance, de la rébellion… ou du crime de trahison ».

Le Gouvernement ne craint pas la colère de Junts

 

En parallèle, des sources de l’exécutif ont affirmé ne pas craindre la colère de Junts, un parti clé pour faire avancer certaines de ses mesures au Congrès des députés, parce que ce parti sait l’effort qu’a fait le gouvernement de Pedro Sánchez dans ce projet.

Les mêmes sources ont dénoncé le fait que le PP a pris des mesures pendant le week-end pour empêcher la proposition de fonctionner, et ont rappelé qu’il y a suffisamment de pays européens gouvernés par des formations intégrées au Parti populaire européen.

Elles ont également démenti une information du Financial Times indiquant que Madrid avait fait pression sur les pays baltes pour qu’ils appuient la proposition, sous la menace de retirer les militaires espagnols déployés dans des missions internationales à l’est.

 

Traduit par Geneviève Le Gouguec

Source : https://efe.com/espana/2025-05-27/ue-catalan-euskera-gallego-oficialidad/