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Les États membres snobent Pedro Sánchez et son projet de transformation du catalan, du galicien et du basque en langues officielles de l’UE

Copyright Jon Nazca/AP

Que d’eau froide de la part des États membres de l’Union européenne, qui ont banalisé la demande ambitieuse formée par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Copyright Jon Nazca/AP

Sánchez a demandé pour trois langues régionales du pays (à savoir, le catalan, le galicien et le basque) à être officialisées comme langues de l’UE. Néanmoins, pendant une rencontre ministérielle tenue à Bruxelles, l’appel était loin d’avoir obtenu le support unanime requis. On ignore le moment où la question pourrait être de nouveau mise à l’étude. La dénomination en tant que langue officielle de l’UE impliquerait la traduction, dans ces trois langues, de tout acte légal, dont la publication quotidienne du Journal officiel, ainsi que de l’interprétation simultanée pour les débats au sein du Conseil de l’UE et du Parlement européen. La demande posée par l’Espagne est directement liée à la recherche tortueuse, de la part de Sánchez, d’assurer le nombre des votes nécessaires à une investiture réussie suite aux résultats peu concluants des élections législatives du 23 juillet dernier.

Ni le parti socialiste de Sánchez, ni l’opposition conservatrice n’ont remporté assez de sièges pour former une majorité parlementaire absolue, et maintenant, ils dépendent du soutien de petits partis, qui ont fait diverses demandes en échange de leur appui, dont, par exemple, Junts and Esquerra Republicana, qui luttent en faveur de la séparation de la Catalogne de l’état espagnol. Alors que l’horloge tourne pour une éventuelle investiture, le gouvernement de Sánchez a ajouté la demande comme premier point à l’ordre du jour lors d’une réunion du Conseil des affaires générales le mardi 19 septembre. L’Espagne, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, avait initialement pour objectif que la pétition soit débattue et si possible adoptée le jour même. Cependant, les États membres ont fait reculer le calendrier précipité, et ont demandé plus de temps pour approfondir les implications de l’élévation du catalan, du galicien et du basque à la catégorie de langue officielle de l’UE. À ce jour, le bloc compte 24 langues officielles. L’ajout d’une nouvelle langue entraîne la modification du règlement 1/1958 et une augmentation significative du budget. L’Espagne a proposé de payer elle-même les frais administratifs supplémentaires, même si le montant total reste floue à ce stade.

Selon Jessika Roswall, la ministre suédoise des Affaires européennes, a affirmé de “nécessiter de plus d’investigation sur la proposition, tant en termes de questions légales que financières. Il est encore trop tôt pour se prononcer”. Elle a également soutenu que cette démarche pourrait ouvrir la voie à d’autres “langues minoritaires” pour faire la même demande. “Renforcer la diversité culturelle parmi les langues européennes est essentiel, toutefois on estime qu’il est encore prématuré de prendre une décision” a affirmé son homologue finlandais, Anders Adlercreutz, qui a également prononcé quelques mots en catalan. Andreja Metelko-Zgombić, représentante de la Croatie, a considéré que la question appelait la plus grande attention et nécessitait une analyse détaillée par le service juridique du Conseil. "Nous souhaitons sincèrement qu’une décision éclairée soit donnée à une question si importante," a-t-elle ajouté.

Selon José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, "aucun État membre" n'a exprimé une opposition catégorique à la proposition lors d'un débat qui a duré plus de 45 minutes le mardi 19 septembre matin. Albares a toutefois reconnu que l'idée de rendre officielles trois langues simultanément s'était avérée trop "ardue" pour certains gouvernements qu’il a préféré ne pas nommer. "Le multilinguisme est l'un des objectifs et des valeurs de l'Union européenne," a-t-il souligné devant les journalistes. "On ne parle pas de langues minoritaires, mais de langues parlées par des millions de personnes." Albares a précisé que son gouvernement allait scinder le plan initial pour se concentrer d'abord sur le catalan, et discuter ultérieurement sur le futur du galicien et du basque. "On a franchi une étape essentielle sur cette voie," a-t-il conclu. "L'Espagne est déterminée à avancer aussi rapidement que possible."

L'Espagne bénéficie d'un système linguistique unique en Europe. En vertu de la Constitution espagnole de 1978, adoptée après la fin de la dictature militaire, les trois langues sont reconnues comme co-officielles dans les régions où elles sont parlées, et jouissent ainsi du même statut juridique que la langue espagnole. Le catalan compte plus de 9 millions de locuteurs en Catalogne, Valence et aux îles Baléares, ainsi qu'en Andorre. Le galicien, avec environ 2,5 millions de locuteurs en Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne, est en deuxième position. La langue basque, ou euskara, qui ne dérive pas du latin, est parlée par 750 000 personnes au Pays basque et en Navarre, ainsi que dans les régions limitrophes du sud de la France.


Article redigé par J. Liboreiro et A. Sanchez Alonso et traduit de l'anglais par Ylenia Vuotto, stagiaire pour l'OEP.

Source: Member states snub Pedro Sánchez's plan to turn Catalan, Galician and Basque into EU languages | Euronews