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« L’écriture inclusive à l’épreuve de la linguistique », article paru sur le site de l’Observatoire des idéologies identitaires le 30 janvier 2023 (Robert BERROUËT-ORIOL)

Contexte général – Depuis nombre d’années l’« écriture inclusive » est sujette à controverse et soulève des passions diverses. Alors même qu’au Québec elle est chose acquise parmi les jeunes, dans le milieu de l’édition, dans les arts et dans la majorité des institutions –comme nous le rappelle avec pertinence l’universitaire Stéphane Martelly, poète, critique littéraire et essayiste--, l’« écriture inclusive » est encore lourdement vilipendée par des puristes et de pieux croisés. Armés d’un sabre pourfendeur, rageur et bavardeux, les pieux croisés –au nom d’une illusoire et mystifiante« défense de la pureté de la langue française »--, stigmatisent, combattent et condamnent sans appel l’« écriture inclusive ». Les pieux croisés du français, langue totémisée, donc intouchable, font appel aux différentes variantes de l’« idéologie linguistique » au creux d’une constante « flagellation » des défenseurs de l’« écriture inclusive » et d’une suspecte interdiction du débat d’idées…  

Premier rappel -- Le poète et romancier montréalais Gary Klang a fait paraître en France, dans le magazine Le Point daté du 12 mai 2024, une rachitique et frivole « Tribune » intitulée « L’écriture inclusive, connerie suprême, selon Gary Klang ». L’accroche introductive de ce texte est ainsi formulée par la rédaction du magazine : « Du Québec, l’écrivain haïtien Gary Klang nous livre sa consternation devant la « défiguration » de la langue française et la « moraline » qui le désole. Mais l’humour est là ! ». 

Second rappel -- Le linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol a publié en France, aux États-Unis et en Martinique, le 14 mai 2024, une lecture critique de la « Tribune » de Gary Klang. Cette lecture critique a pour titre « L’écriture inclusive terrassée par le verdict sans appel du poète et romancier montréalais Gary Klang ».

En voici deux extraits : 

(1)   « La « Tribune » de Gary Klang, par-delà la présomptueuse radicalité de son verdict pontifical sinon pontifiant, retient l’attention du lecteur attentif par son enfermement doctrinaire : j’observe qu’il s’agit là de l’ignorance des véritables enjeux et des débats documentés sur l’écriture inclusive couplée à l’ignorance de l’apport des sciences du langage à un tel débat (voir plus bas la « Tribune » des 32 linguistes sur l’« écriture inclusive »). Car l’argumentaire de Gary Klang –de nature essentialiste et idéologique--, repose sur des clichés et des poncifs têtus qui, oints de naphtaline, entendent conforter une image idéalisée de la langue française engoncée dans sa prétendue « pureté » aussi immuable que fantasmée ».

(2) « La « Tribune » Gary Klang témoigne d’UNE FOSSILISATION DE LA PENSÉE ANALYTIQUE et d’UN ENFERMEMENT DOCTRINAIRE, celui de la DÉIFICATION-SACRALISATION de la langue française : le français objet muséologique, la langue française objet élitiste, le français objet de vénération. Autrement dit une langue élitiste idéalisée promue par les élites monopolistes de France qui en font, à ce titre, une langue de l’exclusion sociale. Dans le champ culturel, les promoteurs de la pseudo « pureté » de la langue française ont institué l’exclusion de la majorité des locuteurs du français… »

Dans l’article « L’écriture inclusive terrassée par le verdict sans appel du poète et romancier montréalais Gary Klang », j’ai donné accès à une « Tribune collective » parue le 18 septembre 2020 dans le magazine Marianne, « Une "écriture excluante" qui "s’impose par la propagande" : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive ». Dans cette « Tribune collective » --à laquelle j’adhère complètement--, les 32 linguistes interviennent dans le débat d’idées avec hauteur de vue et des arguments rigoureux. Dans ma lecture critique de la « Tribune » de Gary Klang, je cite longuement cette « Tribune collective » dans le but de contribuer à une réflexion dégagée des ornières réductrices de l’« essentialisation idéologique » et du « fétichisme de la langue » qui caractérisent la vision erratique véhiculée par Gary Klang dans son texte.  

Perspective analytique - Pour contribuer à enrichir la réflexion sur l’« écriture inclusive », je soumets aujourd’hui 17 mai 2024, aux destinataires du présent courriel, un article qui institue une critique radicale de l’« écriture inclusive » et qui, à ce titre, mérite la meilleure attention : « L’ÉCRITURE INCLUSIVE À L’ÉPREUVE DE LA LINGUISTIQUE ». Accessible sur le site de l’Observatoire des idéologies identitaires, cet article est daté du 30 janvier 2023. Je rappelle que, sur le registre de l’épistémologie, savoir se documenter de manière adéquate sur un sujet en débat –notamment l’« écriture inclusive »--, est l’une des exigences de base d’une réflexion débarrassée des ornières réductrices de l’« essentialisation idéologique » et du « fétichisme de la langue ». 

« L’ÉCRITURE INCLUSIVE À L’ÉPREUVE DE LA LINGUISTIQUE »
 
Observatoire des idéologies identitaires, 30 janvier 2023
 

Éclairage linguistique concernant une imposture idéologique

La prétention à contribuer au progrès social de l’écriture inclusive (EI) se fonde sur des prémisses fausses, liées à une interprétation partiale déformant la réalité des fonctionnements grammaticaux attestés de la langue française. L’écriture inclusive est une réforme militante de la langue construite sur la dénonciation d’injustices imaginaires dérivant d’interprétations symboliques qui ne correspondent à aucune réalité proprement linguistique. Elle entend y inscrire diverses identités de sexe ou « visibiliser » les femmes, marketing politique qui n’a rien de commun avec la description des classes nominales du français et constitue une revendication politique fondée sur des croyances et non sur des connaissances empiriquement vérifiées. Ses partisans, même parmi les linguistes, prescrivent des ouvrages et références qui vont à rebours des méthodes, données et savoirs admis en sciences du langage.

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