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L’art comme outil d’apprentissage de l’anglais

L’art comme outil d’apprentissage de l’anglais

Illustration de Shutterstock

Dans la plupart des cours d’anglais on utilise des méthodes d’apprentissage conventionnelles axées sur les exercices de grammaire, la mémorisation du vocabulaire, la compréhension écrite et l’expression écrite sous forme de textes structurés. L’objectif de l’ensemble est d’acquérir une certaine précision linguistique.


Malheureusement, ces méthodes d’apprentissage ne répondent pas aux besoins des débutants et ne les aident pas à développer leurs points forts.


Elles ne prennent pas en compte les expériences plurielles des apprenants, leurs compétences et leurs talents¹ ainsi que leurs connaissances d’autres langues, qui peuvent pourtant constituer de précieuses ressources dans leur apprentissage.


Notre récente étude, suggère qu’il existe une meilleure façon d’enseigner et d’apprendre l’anglais. Nous avons trouvé que, grâce à l’intégration des arts aux pratiques pédagogiques, les apprenants de l’anglais développent leur confiance en eux, un sentiment d’appartenance et des compétences linguistiques plus ancrées.


Afin de développer une nouvelle façon d’enseigner l’anglais avec les arts, nous avons utilisé le modèle « Parallaxic Praxis²» qui intègre l’art au processus pédagogique. Il s’agit d’un cadre de recherche qui met en avant la diversité des perspectives. Ce modèle a été développé par Pauline Sameshima (l’une des trois auteurs de cet article dans sa version originale) et ses collègues.

La recherche créative

Selon le modèle « Parallaxic Praxis », les différents modes de communication créative, tels que la photographie ou le dessin, peuvent permettre aux apprenants de ne plus se concentrer sur le par cœur mais bien sur une réflexion créative qui a du sens en établissant un lien entre leur expérience personnelle et l’apprentissage d’une langue.


Ce modèle divise le processus d’apprentissage en trois temps : la collecte des données, l’analyse (création artistique à partir de ce que l’individu a appris, comme une peinture réalisée à partir d’un texte descriptif) et la réalisation (production de connaissances). C’est ainsi que ce modèle valorise chaque parcours personnel dans l’apprentissage de l’anglais.


Dans notre étude, on a encouragé des apprenants adultes de la langue anglaise du Sud-Ouest de l’Ontario à se reconnecter avec leur communauté au moyen de la photographie en immortalisant des moments marquants et en écrivant des descriptions expliquant la signification de chaque image.


Les photographies ont servi de données et le texte, fruit de leur réflexion, de retranscription et d’analyse de ces données. Les photos et analyses produites (les réalisations) étaient utilisées pour produire de nouvelles connaissances.

L’utilisation des photographies

Par exemple, Ning (pseudonyme), étudiante diplômée chinoise qui participait à l’étude, fut confrontée à un choix douloureux : rester au Canada ou rentrer en Chine.


Plutôt que d’écrire une rédaction classique, elle a photographié un croisement de chemins, utilisant l’image comme métaphore de l’indécision dans laquelle elle se trouvait et les chemins qui, pour elle, se profilaient à l’horizon. Ning a souligné que cette activité créative l’avait aidée à « exprimer (ses) sentiments en anglais, ce qui rendait la langue plus personnelle et plus lourde de sens ».


Jack (pseudonyme), un autre étudiant, originaire d’Arabie Saoudite, a photographié les maisons d’une rue calme et enneigée. Les maisons étaient mitoyennes, mais leurs habitants étaient tous isolés les uns des autres. Jack, inspiré par cette image, a écrit : « Bien que les maisons soient reliées, les habitants, eux, ne le sont pas. Si les gens ne s’entraident pas, ce sera une catastrophe. »


Pour Jack, l’art lui a donné l’envie de communiquer en anglais : « L’art est un outil puissant qui permet d’exprimer beaucoup de choses. Je me sens plus libre de partager en anglais grâce à ces activités artistiques. » Cet exercice l’a aidé à exprimer, en anglais, des émotions difficiles tout en développant son esprit critique et ses compétences rédactionnelles.


L’expérience de Ning, comme celle de Jack, montre une prémisse sous-jacente : créer et analyser une production artistique aident les étudiants à apprendre l’anglais à un niveau plus personnel et plus stimulant que les approches traditionnelles.

Remettre en question les approches pédagogiques conventionnelles

L’utilisation du modèle « Parallaxic Praxis » représente bien plus qu’une simple approche alternative dans l’enseignement de l’anglais. Elle remet en question la pensée conventionnelle et la manière dont l’enseignement des langues est compris.


Nombre de programmes d’apprentissage de l’anglais sont encore empreints du modèle déficitaire (« deficit model³» ) qui classe les apprenants comme des marginaux qui doivent rapidement « rattraper leur retard ». L’apprentissage d’une langue devrait être un processus d’autonomisation et non une source d’inquiétude démesurée des apprenants quant à la correction de détails insignifiants.


Au lieu de l’apprentissage des langues qui consiste à apprendre par cœur, l’approche fondée sur la pratique artistique souligne l’importance de la diversité des points de vue et connaissances culturelles et linguistiques apportés par les apprenants. Le modèle « Parallaxic Praxis » permet d’utiliser différents moyens d’expression artistique dans le processus d’apprentissage d’une langue, tels que les arts visuels ou l’écriture créative.


Ce concept fait écho à l’apprentissage réciproque dit « ouest-est » (« West-East Reciprocal Learning» ) dans lequel l’enseignant apprend aussi de la culture de l’apprenant et le processus d’assimilation n’est pas unilatéral, entre une culture dominante et une culture qui doit se conformer. Enseigner à partir d’un paradigme d’apprentissage réciproque, c’est mettre en lumière les forces et non les faiblesses. Les apprenants apportent leur contribution grâce à leurs précieuses expériences et les enseignants peuvent eux aussi apprendre.


Le modèle « Parallaxic Praxis » qui intègre les arts au processus d’apprentissage incite les apprenants à être eux-mêmes tout en devenant des anglophones experts. Selon une autre recherche, l’utilisation des arts dans les cours d’anglais peut améliorer les capacités d’analyse et stimuler les étudiants.


Il existe de nombreuses façons d’intégrer les arts dans les cours d’anglais :


1. Utiliser des activités artistiques. Plutôt que de répéter des exercices de grammaire, demander aux apprenants de prendre des photos et d’expliquer, par écrit, leur production.
2. Encourager toutes les formes de créativité. Les apprenants peuvent traduire leurs connaissances en anglais à travers des histoires, des poèmes, des scénarios ou des textes rédigés à partir d’images.
3. Favoriser le travail en équipe. Mettre en place des travaux de groupe pour échanger, des séances de dialogue par binôme ou des expositions numériques pour présenter le travail des apprenants.
4. Se concentrer sur les points forts et non sur les lacunes. Valoriser les différents parcours, compétences et talents des apprenants, ainsi que leur plurilinguisme. Loin d’être des obstacles à l’apprentissage, ce sont de précieuses ressources. Encourager les apprenants à utiliser d’autres langues qu’ils connaissent déjà pour s’exprimer pleinement quand leur anglais leur fait défaut, une stratégie aussi connue sous le nom de « translangage».
5. Ancrer l’apprentissage dans le réel et le rendre intime. Donnez aux apprenants des projets fondés sur la réflexion, comme l’écriture de textes du type « lettre à mon futur moi ».


La langue ne se résume pas à des mots dans leur littéralité et des règles rigides. Reconnaître que le langage est vecteur de culture, de sens, d’identité et de connexion humaine peut renforcer l’investissement et nourrir l’expérience pour les apprenants comme les enseignants. Tels sont les bénéfices de l’intégration des arts dans l’apprentissage qui crée aussi un espace de partage stimulant et qui a du sens.

¹ Lors d’une étude, on a mis en avant l’échange des savoirs qui pouvait avoir lieu entre des étudiants en mobilité et leur établissement d’accueil alors même que ces étudiants sont souvent perçus comme ayant des lacunes lorsqu’ils arrivent dans une autre université que la leur.
² Littéralement, il s’agit du modèle de la praxis parallactique qui se réfère à une pratique répétée en vue d’une fin (« praxis »), ici pédagogique, ainsi qu’à l’effet d’un changement de point de vue dans le domaine de la physique (« parallaxic »).
³ L’article universitaire auquel il est fait référence montre comment les apprenants de l’anglais sont perçus négativement, notamment en raison de leur nationalité, et selon leur niveau d’anglais.
⁴ Le chapitre auquel il est ici fait référence est extrait d’un manuel sur la pédagogie et aborde les échanges entre la Chine et le Canada dans un cadre éducatif.
⁵ L’article auquel il est fait référence établit un lien entre la théorie du « translangage » et son application, notamment au sein de classes canadiennes dans lesquelles l’anglais n’est pas nécessairement la langue par défaut.
⁶ L’étude de cas à laquelle il est fait référence montre les effets positifs de productions écrites multimodales alliant textes, images ou tout autre support, par des adultes, dans le cadre de l’apprentissage de l’anglais.

Article du 5 mars 2025 écrit par Chenkai Chi, Mehdia Hassan et Pauline Sameshima et traduit par Juliette Moreau, stagiaire à l’OEP

Source : https://theconversation.com/bringing-art-into-classrooms-can-benefit-students-who-are-learning-to-speak-english-247761