Le 09 juillet 2019, raconté par Carla Bernardo, Photo par Brenton Geach. Temps de lecture estimé à 7 minutes. L'article original en anglais est disponible ici.
Kate Le roux (à gauche), Professeure associée du Groupe de Développement du Langage au Programme de Développement Académique de l'Université du Cap, sur le podium aux côtés de Mamokgethi Phakeng, Professeure vice-chancelière, lors du symposium sur "Les théories et approches de recherche sur le langage et la communication dans les classes de mathématiques plurilingues".
La nécessité d'aborder les complexités du langage et de la communication dans l'apprentissage des mathématiques dans des salles de classe plurilingues n'est pas seulement pertinente pour l'Université du Cap, mais pour le pays tout entier. C'est ce qu'a expliqué la professeure et vice-chancelière Mamokgethi Phakeng lors d'un meeting d'experts en enseignement mathématique et en alphabétisation et langue. Ces derniers se sont réunis à l'Université pour un colloque entre spécialistes la semaine dernière.
Le symposium sur "Les théories et approches de recherche sur le langage et la communication dans les classes de mathématiques plurilingues", tenu par Phakeng en association avec le Centre du développement pour l’Enseignement Supérieure a permis à des congressistes de partager leurs expériences d’un bout à l’autre du monde. Des théories et des approches de recherches du monde entier ont été examinées afin de bien saisir le problème ainsi que les conséquences pour la construction de connaissances des cadres théoriques choisis.
"Le problème que nous abordons ne se limite pas à l'éducation mathématique...il s'agit d'un problème qui concerne notre pays", a expliqué Phakeng.
La vice-chancelière, professeure reconnue en enseignement mathématique, a partagé quelques-unes de ses vues concernant l'apprentissage des mathématiques dans des contextes plurilingues et s'est attachée à investiguer le problème plus en profondeur à travers ses recherches.
Phakeng a reconnu qu'elle ne pouvait pas partir du principe que "la langue seule pourra résoudre le problème" des faibles résultats en mathématiques en Afrique du Sud. Elle a pourtant noté que pour les plus jeunes qui apprennent le cette matière dans une langue différente de leur langue maternelle, souvent également dans les endroits les plus démunis d'Afrique du Sud, la langue a son importance dans les processus d'enseignement et d'apprentissage, ainsi que pour les résultats.
Pourquoi c'est important
Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles la langue importe dans les cours de mathématiques plurilingues, a-t-elle souligné. Certaines parties prenantes sont intéressées à cause des "politiques langagières".
"Il s'agit de voir quelles langues sont privilégiées et quelles langues sont marginalisées et réduites au silence".
Alors que la démocratie a amené la reconnaissance de onze langues officielles, en pratique, seulement deux de ces langues conservent une place importante : l'anglais et l'afrikaans. Phakeng a ajouté et fait remarquer que la maîtrise de ces langues continue d'assurer à ses locuteurs un capital social et un accès aux biens sociaux.
Alors que d'autres parties prenantes s'intéressent à ce sujet à cause de son rapport au projet de décolonisation, la langue n'a pas occupé une place proéminente pendant ce débat, qui lui-même se déroule en anglais.
Phakeng a ensuite expliqué que des intervenants ne vivant ni en Afrique du Sud, ni même en Afrique, font face à des difficultés qui leur sont propres concernant la langue dans les classes de mathématiques.
"Le plurilinguisme n'est pas un phénomène propre à l'Afrique du Sud ou à ce continent, c'est un phénomène mondial".
Pour s'attaquer à ces difficultés, des mesures à l’échelle mondiale ont été prises dans le domaine. Celles-ci comprennent un changement de priorité passant du bilinguisme dans les salles de classe au plurilinguisme. Changement qui s'est aussi exécuté à un niveau théorique.
Phakeng a expliqué qu’à l’origine, la recherche dans ce domaine se faisait dans le cadre d'une approche cognitive, qui s’est plus tard orientée vers une perspective sociale des langues.
"J'ai défendu l'idée que dans les mathématiques, le langage est politique. La façon dont la langue est utilisée dans les salles de classes de mathématiques en Afrique du Sud, ou ailleurs dans le monde, n'a rien d'innocent...", a-t-elle précisé dans ses recherches.
Mais plutôt que de perpétuer les dichotomies entre les théories, elle a souligné la nécessité de joindre les approches théoriques afin d'aborder les problèmes pratiques urgents.
"Nous avons besoin d'entendre ces différentes voix théoriques afin d'avoir une conversation... Car si elles ne sont pas comprises dans la discussion, alors nous ne parviendrons pas à répondre aux questions sur le terrain".
Des contextes différents
Phakeng a invité au symposium trois de ses collègues issus d'université étrangères, afin d'aider à traiter le problème. Elle a expliqué qu'ils offraient des points de vue "issus de trois pays différents et de trois contextes plurilingues différents", en plus de perspectives sur les types de théories que leurs collègues emploient.
Au symposium de l'Université du Cap, la professeure Susanne Prediger de l'Université technique de Dortmund en Allemagne a présenté : "Comprendre et encourager l’apprentissage des apprenants de langues : Aperçu d'une chaîne de projets avec différentes approches de recherche".
Arindam Bose, Professeure à l'Institut Tata des Sciences Sociales en Inde a parlé du projet : "Encourager la conception du “faire sens” dans les classes de mathématiques : Accorder de la valeur aux registres et espaces d'apprentissage trilingues ou multilingues", alors que le professeur Richard Barwell de l'Université d'Ottawa au Canada a présenté : L’apprentissage des mathématiques dans des langues secondes dans les classes Canadiennes : Perspectives de dialogue."
Tous les trois l'ont rejointe cette semaine lors du 43ème Meeting Annuel du Groupe International pour la Psychologie de l'Éducation Mathématique, tenu par L'Université de Pretoria.
Kate Le Roux, professeure associée du Groupe de Développement du Langage au Programme de Développement Académique de l'Université du Cap a conclu les présentations de la journée avec son exposé conceptuel : "Les connaissances centrées sur l'Afrique dans les classes de mathématiques des écoles plurilingues en Afrique du Sud.”
Cette recherche concerne les géopolitiques de production de savoir sur l'enseignement et l'apprentissage dans les cours de mathématiques des écoles plurilingues. L'accent est mis sur la relation entre d'une part le choix des théories de recherche et les méthodologies, et les lieux où les recherches sont menées et d'autre part, la nature du savoir qui est produit sur l'enseignement et l'apprentissage dans ces salles de classe.
L’étude s'est appuyée sur une approche des savoirs centrés sur l’Afrique, ancrée dans la “Southern Theory” (Théorie du Sud). Elle présente un passage en revue des recherches sur l'apprentissage des mathématiques dans les classes plurilingues en Afrique du Sud, menées par des chercheurs tels que Phakeng ainsi que des collaborateurs d'Afrique du Sud, d'Afrique et de partout dans le monde.
Kate Le Roux a affirmé que leur processus de recherche n'a pas été une simple mise en pratique du savoir développé partout ailleurs dans des contextes dominés par le "centre". Au contraire, le savoir produit en "périphérie" du contexte Sud africain peut être perçu comme une contribution approfondie aux connaissances mondiales dans trois aspects : la contribution à un contexte plurilingue complexe ; l'ouverture sur de nouvelles perspectives de conception de la langue et des apprenants et enseignants en mathématiques ; et de nouvelles méthodes de recherches.
Une "vision nuancée des techniques de production de savoir dans des contextes périphériques tels que l'Afrique du Sud est essentielle.", a-t-elle ajouté. C'est ainsi que les contributions au savoir mondial issues de recherches faites dans des contextes différents obtiennent de la reconnaissance.
Le symposium s'est terminé avec des résumés des présentations et des discussions entre deux participants de l'Université du Cap : professeure associée Carolyn McKinney (Département de l'Éducation) et Jumani Clarke (Centre de capacité mathématiques, Programme de Développement Académique).
Ils ont assimilé à un sujet-clé la nécessité de dépasser les dichotomies, à la fois en termes de perception de l'utilisation des langues dans les cours de mathématiques et aussi dans les théories choisies pour examiner de tels usages de la langue.
Traduit de l'anglais par Auriane De Poorter.