Extrait :
"Par-delà ces considérations classiques, Bucher adopte une perspective originale en évoquant la violence linguistique découlant de l’expansion mondiale de l’anglais. Contrairement au latin, l’anglais s’impose comme langue globale universelle fonctionnelle, par-delà les fonctions limitées (commerce, religion) du passé et jusqu’aux parties les plus éloignées du monde, à la fois sur le plan linguistique et culturel.
L’anglais est devenu une ressource exportable qui confère un avantage aux pays de langue anglaise et notamment aux films, vidéos, musiques produits dans cette langue. Il en découle une inégalité dans la communication entre ceux dont l’anglais est langue maternelle et les autres. Ce qui peut entraîner une discrimination linguistique et sociale, voire une « colonisation des esprits » devant ce que certains auteurs qualifient de « néo-colonialisme » ou « d’impérialisme linguistique ». À quoi s’ajoutent des avantages économiques très importants : l’enseignement de l’anglais est une affaire de plusieurs milliards de dollars au bénéfice de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
Les inégalités provoquées par la mondialisation se manifestent aussi dans le domaine linguistique où l’on constate l’émergence d’un « centre » anglophone par rapport à la périphérie des autres langues, désignée par l’acronyme LOTE (Languages Other Than English). Cette dynamique se traduit dans le flux déséquilibré d’information et de produits médiatiques et culturels en provenance des pays du « centre » vers ceux de la périphérie : tout ce qui est écrit et produit dans le centre anglophone est accessible dans la périphérie, mais les produits de la périphérie atteignent rarement le centre. Comme si l’on prenait pour acquis que « tout ce qui est important est traduit en anglais » ou encore que « si ce n’est pas traduit, ce n’est pas important ». Autre exemple : 80% des films projetés en Europe occidentale viennent de Californie ; 2% des films vus en Amérique du Nord sont d’origine européenne !"