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Quand l'Europe était plurilingue (Table ronde)

Mobilité intellectuelle et physique dans les Universités médiévales

Table ronde du jeudi 20 décembre au Cercle Culturel Suisse, rue des Francs-Bourgeois (proposée par Ruedi Imbach, médiéviste à l'université de Fribourg puis à la Sorbonne)

Intervention de Jacques Verger (Sorbonne et ENS), spécialiste de cette question

"Vers 1200, les universités apportent deux éléments de nouveauté par rapport aux Ecoles précédentes : une certaine autonomie et donc une certaine liberté. Elles continuent cependant à dépendre de l'Eglise : le docteur en théologie reste au sommet, l'universel est catholique, les enseignements renvoient à une culture catholique partout reconnue, les programmes se ressemblent de pays en pays. Les plus rayonnantes : Paris, Oxford, Bologne (droit) puis Montpellier (médecine).

La mobilité des hommes, des livres et des idées est attestée dès l'époque carolingienne, mais elle s'accélère à partir du XIIe siècle (à Oxford, cependant, il n'y a pratiquement que des Anglais, cela reste insulaire). Il s'agit parfois de longues distances (des Finlandais ou des Chypriotes viennent à Paris, par exemple). Ce sont évidemment des gens aisés et audacieux qui peuvent se déplacer ainsi, mais il y a tout un système d'aides et entraides (cf, par exemple, la constitution des étudiants en nations) pour élargir à d'autres catégories sociales. La mobilité est surtout germanique (les nobles allemands sont nombreux). Conséquence de cette mobilité : déplacement des idées, diffusion du droit romain à partir de l'Italie du Nord, sociabilité, ouverture à l'imprévu. C'est une préfiguration de la pérégrination humaniste et du grand tour des Lumières.

La langue commune, le latin, est un élément d'universalité. Ce latin, c'est le latin scolastique. Les grands esprits du Moyen Âge méconnaissent le grec, l'hébreu ou l'arabe. Les langues vernaculaires, au reste, ne pénètrent pas ces universités, c'est élitiste. On entend souvent dire que ce latin était l'anglais d'alors, ce qui faux. Car le latin n'était la langue maternelle de personne, ce qui n'est pas aujourd'hui le cas de l'anglais et donne aux pays anglophones un avantage exorbitant, qui n'est pas acceptable par les autres. La généralisation de la langue anglaise, cela ne marchera pas. La solution sera dans un plurilinguisme."

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