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L'anglais, french killer? (Fr Inter 19 août 2010)

Emission de France Inter du 19 août 2010 "Ca vous dérange ?" à réécouter jusqu'au 19 septembre

Invités :

  • Henriette Walter, linguiste. Auteur notamment de honni soit qui mal y pense - L'incroyable histoire d'amour entre le français et l'anglais
  • Frédéric Martel, écrivain, chercheur et journaliste. Auteur de Mainstream - Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde, Flammarion, 2010
  • Jean-Loup Cuisiniez, initiateur du Collectif intersyndical pour le droit de travailler en français et membre de l'OEP

Commentaire de l'OEP

Cette émission était tout à fait bienvenue et a eu le grand mérite de poser une grande quantité de questions auxquelles des réponses souvent trop rapides ont été apportées.

Quelques observations toutefois :

  • Son titre était très, trop franco-français, comme si l'anglais était seulement "french killer".  Le problème est que toutes les langues dominantes peuvent devenir "language killer". Et dans le monde actuel, l'anglais est effectivement une "language killer" à l'égard de nombreuses langues, le français étant une des langues les mieux armées pour résister. On lira donc avec profit l'article du New York Times sur notre site au sujet de l'indonésien et la réaction de Giogio Pagano au sujet de l'italien. De même l'article sur la situation linguistique suédoise. La déferlante anglophone depuis une trentaine d'années, qui n'est qu'un monolinguisme plus qu'une ouverture sur le monde, renferme un risque de désertification linguistique et culturelle. 
  • S'agissant du français, Henriette Walter, dont on connaît le goût pour le métissage linguistique, goût que nous partageons dans une certaine mesure (voyons par exemple le nombre de mots d'origine arabe1 dans la langue française), mais elle ne convainc personne en se référant pour les emprunts de l'anglais au français à une époque, celle notamment de Guillaume le Conquérant à la Guerre de Cent ans, du XIe au XVe siècle, où les Etats et les langues modernes n'étaient pas encore formés, où l'Angleterre et une moitié de la France actuelle étaient réunies sous un même sceptre et où la Cour d'Angleterre parlait français, tandis que le peuple en Angleterre parlait saxon. C'est la raison pour laquelle, si une moitié des termes de la langue anglaise sont d'origine latino-française, dans l'usage, ces termes sont généralement écartés au profit de ceux d'origine saxonne, ce qui éloigne les deux langues au lieu de les rapprocher.
  • Les tentatives de tourner en ridicule le travail des commissions de terminologie sont assez déplacées. Certes toutes les inventions verbales ne sont pas couronnées de succès, mais la critique évite d'évoquer les formidables réussites terminologiques comme le mot français "informatique", au lieu des multiples déclinaisons autour de "computer", terme repris et localisé par des nombreuses langues, ou "baladeur" en français qui a éliminé "walkman", nom de produit inventé par Sony. Nous pouvons souhaiter également, parmi bien d'autres, bonne fortune à "courriel", utilisé par nos amis québécois, et qui colle si bien à la langue française. Que nos amis allemands, italiens, espagnols, etc. fassent de même.

  • Un point fait l'unanimité, développé par Jean-Loup Cuisiniez : la gravité de la situation dans nombre d'entreprises parties dans une dérive linguistique insensée du tout-anglais et la réaffirmation du principe fondamental du respect de la langue du pays dans l'entreprise. C'est à la fois l'intérêt du travailleur et celui bien compris de l'entreprise.

L'OEP

1Abricot, alcool, café, safran, soda, sorbet, chèque, guitare, algèbre, chimie, amalgame, zénith, azur, etc.