... what a surprise !
Un article rédigé le 8 janvier 2010 par Jean Quatremer pour son blog Libération
C'est devenu tellement habituel que je dois être l'un des derniers en Europe à m'en étonner, ce qui me vaut une réputation de Gaulois arrogant (pour rester poli). Les autorités espagnoles qui ont invité durant deux jours une cinquantaine de journalistes en poste à Bruxelles à rencontrer premier ministre, vice-premier ministre et ministres avaient prévu une interprétation pour faciliter le travail de ceux qui n'étaient pas hispanophones, ce qui est gentil. Mais voilà: ce service était uniquement disponible de et vers l'anglais. Rien pour le français, rien pour l'allemand pourtant les deux autres langues travail de l'Union. Les Britannique jouissent clairement d'une situation de monopole linguistique qui leur donne un avantage compétitif incroyable, d'autant plus incroyable que le Royaume-Uni n'est pas et ne veut pas être « au coeur » de l'Europe, c'est le moins que l'on puisse dire.
Le plus beau est que cette façon de procéder paraît tellement naturelle que les organisateurs du voyage n'ont même pas jugé nécessaire de prévenir les journalistes de cette mono-interprétation. J'ai demandé aux diplomates les raisons de ce choix: il paraît que si « tout le monde parle anglais », « tout le monde ne parle pas français ». J'avoue avoir fait part de mon étonnement, demandant d'où venait ce savoir, puisque la question ne m'a pas été posée, ni à moi, ni à mes collègues. Regards gênés... On m'a expliqué aussi que l'interprétation coûtait cher, ce qui est vrai: mais quand on organise ce genre de voyage (au bas mot 30.000 euros), on n'en est quand même plus à quelques centaines d'euros supplémentaires.
En réalité, il s'agit d'une politique du fait accompli visant à imposer l'anglais pour tous: on ne fait même plus l'effort d'offrir une interprétation dans une autre langue (l'Allemagne a fait la même chose lors de sa présidence). Personne n'ose plus protester de peur d'apparaître « nationaliste », comme si le fait de parler anglais était neutre. Surtout, en procédant de cette façon, les gouvernements ne se rendent pas compte qu'ils concourent à marginaliser leur propre langue au profit de l'anglais.