L’alternance
de codes (ou « code-mixing ») chez les personnes bilingues est
l’utilisation d’éléments (phonologiques, lexicaux et morpho-syntaxiques)
provenant de deux langues dans le même énoncé, dans la même partie de
conversation ou dans différentes situations. L’alternance de codes est
un phénomène omniprésent chez les enfants et les adultes bilingues. Ce
phénomène a été interprété par les chercheurs et la population générale
comme une indication de confusion et d’incompétence linguistique chez
les enfants bilingues. Cet article présente plusieurs études portant sur
ce phénomène auprès d’enfants bilingues de Montréal ayant appris le
français et l’anglais simultanément. Les aspects suivants furent
examinés : leur capacité à différencier les langues qu’ils acquièrent, à
changer de langue dans différentes situations de communication, à
changer de langue pour répondre aux réactions des interlocuteurs ou pour
compenser les limites de leurs habiletés langagières en développement.
Contrairement à la pensée voulant que l’alternance de codes soit une
preuve de confusion et d’incompétence, plusieurs preuves suggèrent que
ce phénomène reflète plutôt des compétences linguistiques et de
communication, et ce, même dans les étapes très précoces de
l’acquisition simultanée de deux langues.
Mela Sarkar
« Ousqu’on chill à soir? » Pratiques multilingues comme stratégies identitaires dans la communauté hip-hop montréalaise
Dans
ce bref portrait sociolinguistique de la culture hip-hop de Montréal,
Mela Sarkar et son équipe de recherche de l’Université McGill
confrontent les défenseurs de la « Québéquicité », c’est-à-dire être
blanc et parler français avec l’accent approprié, aux pratiques
multilingues qui caractérisent la communauté hip-hop montréalaise. En
effet, les jeunes de la génération hip-hop au Québec inventent un
nouveau langage hybride et mixte, né de l’amalgame des langues et
cultures d’origines diverses que l’immigration et les politiques
linguistiques ont introduites dans les écoles québécoises de langue
française en milieu urbain. Les pratiques multilingues qu’ont créées les
jeunes rappeurs québécois scolarisés en français en milieu
multiethnique montréalais agissent comme des stratégies d’affirmation
identitaire pour toute une génération.
Rodrigue Landry, Réal Allard et Kenneth Deveau
Un modèle macroscopique du développement psycholangagier en contexte intergroupe minoritaire
L’article
présente un modèle macroscopique du développement psycholangagier en
contexte intergroupe minoritaire. Ce modèle comprend quatre niveaux
d’analyse et décrit un rapport de force entre un endogroupe minoritaire
et un exogroupe majoritaire, montrant comment le développement
psycholangagier des membres du groupe minoritaire peut être à la fois le
produit d’un déterminisme social et le fruit d’une autodétermination de
l’individu et du groupe. Les relations entre différents types de
socialisation ethnolangagière et plusieurs variables psycholangagières
sont décrites par l’entremise d’un modèle vérifiable à l’aide de la
modélisation par équations structurelles. Ces deux modèles montrent que
certains aspects du développement psycholangagier sont fortement
associés à la vitalité ethnolinguistique du groupe alors que d’autres
peuvent être davantage pris en charge par l’individu et le groupe. Le
concept d’autonomie culturelle permet de faire une synthèse des divers
facteurs reliés à la revitalisation d’une communauté ethnolinguistique
minoritaire.
Donald M. Taylor, Julie Caouette, Esther Usborne et Stephen C. Wright
Aboriginal Languages in Quebec: Fighting Linguicide with Bilingual Education
Les
peuples autochtones du Québec luttent afin de préserver la survie de
leur langue et de leur culture. Un élément essentiel de la
décolonisation et de l’autonomisation autochtone est la protection et
l’enrichissement de la langue ancestrale autochtone. Dans cet article,
nous effectuons une analyse de vingt années de recherche dans le Nord du
Québec (Nunavik) impliquant des élèves inuits scolarisés en français et
en anglais. Nos recherches ont révélé que ces enfants non seulement
apprennent mieux dans leur propre langue ancestrale plutôt que dans une
des langues dominantes de la société, mais aussi qu’ils développent une
image d’eux-mêmes plus positive, et une représentation plus saine des
Inuits en tant que groupe. Il est démontré que l’enseignement bilingue
est d’une importance cruciale, contribuant à la vitalité de la langue et
de la culture inuites.
Cet
article offre un cadre pour comprendre la complexité sociale des liens
entre la langue, l’identité et la territorialité (ou l’attachement au
lieu). Reposant sur une recherche qualitative faite parmi les Inuits de
l’Arctique canadien et d’Ottawa, j’y discute des identités inuites en
relation avec le rôle joué par les processus locaux, régionaux,
nationaux et mondiaux dans la construction de l’« Inuitness »
et la transformation des identités indigènes sur les plans national et
mondial. Cet article mettra en lumière que, bien que l’inuktitut soit
soutenu par des structures institutionnelles et politiques au Nunavik et
au Nunavut, l’anglais et le français sont devenus de plus en plus
importants dans la vie quotidienne nordique. En même temps, la migration
inuite vers les villes du Sud a présenté de nouveaux défis et a établi
de nouvelles priorités dans la formation du plurilinguisme nécessaire à
la vie inuite urbaine.
Jessica L. Shulman et Richard Clément
Expressing
Prejudice through the Linguistic Intergroup Bias: Second Language
Confidence and Identity among Minority Group Members
Le
rôle de la communication verbale dans la transmission des préjugés a
reçu une attention soutenue. Par l’application du paradigme du biais
linguistique intergroupe (Maass, Salvi, Arcuri, & Semin, 1989),
cette étude examine les conditions dans lesquelles des Canadiens
français minoritaires font preuves de biais linguistique lorsqu’ils
parlent de l’endo- et de l’exogroupe (les Canadiens anglais). Des
données furent donc recueillies auprès de 110 étudiants francophones.
Les résultats confirmèrent les prédictions, mais seulement lorsque
l’identification à l’exogroupe était élevée. De plus, l’identification
à
l’exogroupe et la confiance langagière en langue
seconde étaient toutes
deux reliées à une diminution de la dérogation de l’autre groupe;
cependant, ces mêmes facteurs semblent promouvoir des paroles biaisées à
l’égard de l’endogroupe. Les résultats sont interprétés dans le cadre
des théories de la communication intergroupe.
Roxane de la Sablonnière
Le bien-être psychologique des francophones et des anglophones : le rôle des points tournants de l’histoire du Québec
La
privation relative temporelle est le sentiment de menace ressenti par
les individus suite à des comparaisons négatives entre la situation
actuelle de leur groupe d'appartenance et la situation de leur groupe
dans le passé. Les travaux empiriques antérieurs sur la privation
relative temporelle ont identifié un lien prédictif modéré négatif entre
la privation relative temporelle et le bien-être psychologique.
Traditionnellement, les chercheurs qui ont évalué la privation relative
temporelle demandaient aux individus de comparer la situation actuelle
de leur groupe avec un seul point de comparaison dans le passé.
L’objectif principal du présent texte vise à reconceptualiser la théorie
de la privation relative temporelle dans le contexte québécois des
anglophones et des francophones où plusieurs points tournants de
l’histoire du Québec seront considérés.
Catherine E. Amiot et Roxane de la Sablonnière
Immigrants in Québec: Toward an Explanation of How Multiple and Potentially Conflictual Linguistic Identities Become Integrated
Cet
article vise l’application d’un modèle théorique récemment développé
afin de comprendre comment une nouvelle identité linguistique devient
intégrée dans le concept de soi de nouveaux immigrants. Alors que les
théories intergroupes classiques ont expliqué les changements
situationnels dans les identités sociales, les changements plus profonds
dans ces identités et leur intégration dans le soi restent à être
identifiés. En nous basant sur des principes développementaux et
cognitifs, les quatre stades du modèle seront élaborés afin d’expliquer
les processus par lesquels une nouvelle identité linguistique devient
intégrée dans le soi à travers le temps. Plus spécifiquement, nous nous
penchons sur la situation vécue par les nouveaux immigrants qui, au
Québec, doivent intégrer une et parfois deux nouvelles identités
linguistiques (c.-à-d. le français et l’anglais). Les facteurs sociaux
qui facilitent ou inhibent ces processus de changement identitaire et
les conséquences associées à l’intégration d’une nouvelle identité
linguistique sont aussi abordés.
Monica Heller
Repenser le plurilinguisme : langue, postnationalisme et la nouvelle économie mondialisée
Il
est devenu difficile aujourd’hui de maintenir la fiction de
l’homogénéité et les marchés nationaux protégés issus du nationalisme
moderne. L’expansion capitaliste force à s’ajuster à de nouvelles
réalités bien identifiées par nombre d’auteurs importants : l’expansion
des marchés et la recherche de ressources; la saturation des marchés et
la nécessité de se concentrer sur la valeur ajoutée, les produits de
niche, la spécialisation, la distinction; l’augmentation et la
diversification des mouvements migratoires et des réseaux de
communication et de circulation des biens; et l’émergence de la nouvelle
économie mondialisée basée sur les services et sur l’information, qui
favorise les formes de travail basées sur la communication, avec une
commodification de la langue (Heller, 2003). Ces processus nous amènent à
repenser les discours reliant langue, culture, identité et citoyenneté.
Les liens transnationaux rendent le plurilinguisme plus attirant. Dans
la sphère politique, on travaille à développer un nationalisme inclusif
et respectueux de la diversité.