Logo de l'OEP
Logo de l'OEP

Sprachenpolitik

« Droits linguistiques » et « droit à la langue » en Haïti, la longue route d’une conquête citoyenne au cœur de l’État de droit (Robert Berrouët-Oriol)

Le National (République d'Haïti) - 11 avril 2023

Le présent article s’inspire amplement de la lecture du livre « Droits linguistiques » et « droit à la langue » : identification d’un objet d’étude et construction d’une approche », un exceptionnel ouvrage de référence paru sous la direction de Ghislain Potriquet, Dominique Huck et Claude Truchot et qui rassemble les Actes du colloque international de Strasbourg organisé les 25 et 26 septembre 2014. Publié avec le concours de l’Université de Strasbourg, l’ouvrage de 248 pages est paru en 2016 aux Éditions Lambert-Lucas. Un collègue enseignant basé au Cap Haïtien et qui s’intéresse à la question des droits linguistiques en Haïti, a été invité à commenter les temps forts de cette publication que nous lui avions auparavant acheminée. Après l’avoir consultée, il a formulé une objection majeure qui mérite d’être écoutée et mise en perspective. Quel est l’intérêt, dit-il, de discuter de droits linguistiques aujourd’hui en Haïti alors que le pays tout entier --mis en coupe réglée par le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste depuis onze ans et soumis à la fureur des gangs armés qui contrôlent de larges portions du territoire national--, voit s’éteindre à petit feu le droit à la vie et à la sécurité pourtant garanti par la Constitution haïtienne de 1987 ? Dans un pays, poursuit-il, assauté par les gangs armés plus ou moins affiliés au secteur mafieux de la bourgeoisie monopoliste et aux politiciens véreux du PHTK néo-duvaliériste, les droits fondamentaux du citoyen implosent à chaque coin de rue. Et nous voici revenus, insiste-t-il, à la nuit mortifère, sanglante et cadavéreuse de la dictature de François Duvalier « par la grâce maudite du Core Group » qui soutient, contre la volonté de la société civile haïtienne, le régime le plus corrompu que connaît Haïti depuis 1987. La presse haïtienne se fait chaque jour l’écho de ce que certains analystes nomment la « permanente tragédie haïtienne » comme en témoigne l’article d’AlterPresse du 4 avril 2023, « Criminalité - Près de 400 cas de kidnapping, de janvier à mars 2023 en Haïti, enregistre le Cardh ». Selon l'ONU, 80% de la zone urbaine de la capitale, Port-au-Prince, serait sous le contrôle ou sous l’influence des groupes armés qui tiennent haut le pavé également dans les villes de province.

Lire