L'annonce par le gouvernement français dans le cadre de la réforme du collège d'une seconde langue au collège "dès la classe de cinquième", au lieu de la classe de quatrième, est-il le maquillage médiatique d'un abandon des langues vivantes ?
La réforme se faisant à égalité d'heures d'enseignement, le nombre d'heures passe de trois à deux, alors qu'au-dessous d'un minimum hebdomadaire, et deux heures est ce minimum, il est impossible d'apprendre une langue vivante. On peut faire deux heures d'anglais par semaine pendant dix ans, on plafonne au bout de deux ans. Même avec un démarrage de la seconde langue en cinquième, le résultat sera un abaissement du niveau.
On abandonne sans le dire les sections bilangues qui permettent d'apprendre deux langues en parallèle dès la sixième, et on abandonne également sans le dire les sections européennes qui, avec un enseignement renforcé et l'enseignement d'une matière non linguistique dans une langue étrangère, ont fait leurs preuves.
On pourrait dire que les résultats des classes bilangues et des sections européennes doivent bénéficier au plus grand nombre. Mais il ne s'agit pas de cela. Il s'agit bel et bien de supprimer les classes bilangues et les sections européennes (sans parler des sections internationales) et de diluer l'enseignement des langues vivantes dans rien ou presque rien.
Le fait de démarrer la seconde langue en cinquième empêche toute continuité d'enseignement entre le primaire et le secondaire, sauf pour l'anglais.
L'OEP met l'accent généralement sur l'importance de la seconde langue, voire de la troisième, compte tenu du privilège exagéré dont bénéficie la langue anglaise. Mais au cas particulier, l'apprentissage de l'anglais est également sacrifié, puisqu'il voit son nombre d'heures passer également de 4 à 3 heures dès la classe de sixième.
Cela, alors qu'en même temps, sur les ondes, on souligne que la mauvaise maîtrise de l'anglais (pour nos communicants, langues étrangères = anglais, alors que le problème ne s'arrête pas à l'anglais, tout cela pour raccourcir le message) est une gêne dans le travail pour de nombreux cadres et salariés. Bien sûr, la contradiction entre les deux informations n'apparaît pas : au spectateur ou l'auditeur de faire le tri. Les annonces du gouvernement ne seraient-elles pas tout simplement l'annonce du renoncement à toute ambition ?
Nous invitons donc nos lecteurs à signer :
- la pétition du SNALC (Syndicat national des lycées et collèges) : Non à la mort programmée des langues vivantes
- la pétition de l'ADEAF (Association pour le Développement de l'Enseignement de l'Allemand en France) : NON à la disparition programmée de l’allemand de l’enseignement en France
Voir aussi :
- Le communiqué de l'APLV (Association des Professeurs de Langues Vivantes)
Peut-être ces pétitions, communiqués et diverses prises de position permettront-t-ils que la politique éducative des langues fasse enfin l'objet d'un vrai débat en France.
L'OEP