Grand entretien p
Le secrétaire perpétuel de l’Académie française met en garde contre un franglais qui déstructure et détruit la langue française. Elle espère une prise de conscience collective.
LE FIGARO. - L’Académie publie un rapport sur la communication institutionnelle. Comment avez-vous procédé pour le rédiger?
Hélène CARRÈRE D’ENCAUSSE.- L’Académie s’inquiète depuis des décennies de l’anglicisation de la langue française, qui pose divers problèmes sémantiques, grammaticaux. Des cris d’alarme sont lancés périodiquement. Gabriel de Broglie, chancelier honoraire de l’Institut de France et membre de l’Académie française, ancien président de la Commission de terminologie et de néologie, a déjà présidé aux travaux d’un rapport portant sur la féminisation des titres et fonctions. Il était tout à fait préparé à organiser ce travail collectif. De plus, à l’exception de Gabriel de Broglie et de Dominique Bona, tous ceux qui ont participé à cette entreprise sont membres de la commission du dictionnaire: Florence Delay, sir Michael Edwards, Amin Maalouf et Danièle Sallenave.
De même, la délégation générale à la langue française et aux langues de France, dirigée par Paul de Sinety, qui travaille admirablement sur le même problème, nous a beaucoup aidés pour mobiliser l’opinion publique. Les exemples que nous citons proviennent essentiellement d’internet. C’est un important travail de recherche documentaire qui a été coordonné par Bénédicte Madinier, agrégée de lettres et ancien conseiller culturel: à ce titre, elle a observé durant plusieurs années les désastres de la langue française déplorés dans les capitales où elle était en poste. Néanmoins, il ne s’agit pas, avec ce rapport, de dresser un catalogue, mais de classer ces anglicismes, de les analyser, d’essayer de mettre en forme une typologie de ces aberrations. L’Académie est particulièrement inquiète des formes hybrides qui se répandent - ces «chimères linguistiques», qui ne sont ni anglaises ni françaises et qui défigurent la langue.