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Promouvoir une science multilingue grâce à la science ouverte et à l'IA

Original publié le 9 avril 2024 par l'Universitat Oberta de Catalunya

Les progrès technologiques en matière de traduction automatique de textes ouvrent un nouvel éventail de possibilités quant à l’utilisation d’autres langues que l’anglais dans la recherche

D’après les chercheurs et chercheuses, la langue de diffusion des publications scientifiques influence la communauté et le lectorat auquel elles sont adressées

Ces dernières années, l’anglais est devenu la lingua franca de la recherche scientifique. Cette omniprésence pénalise les langues telles que le catalan, mais aussi d’autres bien plus répandues dans le monde comme l’espagnol ou le français. Pour contrer cette hégémonie, la recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte mise sur la promotion du « multilinguisme dans les sciences », aussi bien pour les publications que pour les communications scientifiques. « L’objectif de cette recommandation est d’encourager la pratique de la science dans n’importe quelle langue, et ce dans un but culturel. Autrement dit, plutôt que d’insister sur les avantages qu’apporterait une publication multilingue (la proximité, l’étude des conditions réelles locales ou la possibilité de développer un langage scientifique pour chacune des langues, entre autres), cette recommandation cherche à montrer que les publications n’auraient pas moins de valeur dans une autre langue », explique Alexandre López-Borrull du Groupe de recherche sur les Apprentissages, les Canaux de communication et le Divertissement (GAME), et professeur de l'UFR Sciences de la Communication et de l'Information à l’Universitat Oberta de Catalunya (« Université ouverte de Catalogne », UOC).

L’Initiative d’Helsinki sur le multilinguisme dans la communication savante suit la même idée, et recommande notamment de « garantir un accès équitable aux connaissances scientifiques dans différentes langues ». Ces actions marquent-elles un tournant dans l’usage des langues locales pour la recherche ? « Je ne pense pas que la tendance ait changé, réplique López-Borrull, mais plutôt que l’on cherche à inclure les autres langues au monde de la science, afin qu’elles ne loupent pas le coche et ne soient pas reléguées au rang de littérature grise, introuvable, impossible à consulter ». Pour le chercheur de l’UOC, il faut tendre vers une « science en symbiose avec le multilinguisme, qui ne laisse personne de côté », ajoute-t-il.

 « Notre objectif : qu’un travail de recherche ne soit pas jugé inintéressant simplement parce qu’il n’a pas été publié en anglais »

Les méthodes de promotion du multilinguisme

 

Grâce à cette action menée par la science ouverte, certaines initiatives ont vu le jour comme le cadre commun de bonnes pratiques de la COAR (Confederation of Open Access Repositories) concernant la gestion des contenus multilingues présents dans les répertoires et disponibles dans une autre langue que l’anglais, qui a récemment été traduite vers le catalan et l’espagnol grâce au soutien de l’Office de Science Ouverte de l’UOC. Ce document énumère une liste de conseils concernant, par exemple, l’amélioration de l’accès aux contenus disponibles dans une autre langue que l’anglais, l’attention prêtée aux contenus multilingues dans les répertoires ou l’admission de traductions.

López-Borrull juge aussi nécessaire de prendre des mesures à niveau institutionnel afin que la langue de publication d’un travail de recherche ne soit plus un « problème ». « Notre objectif : qu’un travail de recherche ne soit pas jugé inintéressant simplement parce qu’il n’a pas été publié en anglais. Autrement dit, que la langue choisie ne soit jamais un frein dans un parcours académique et scientifique. Nous devons prendre conscience que la portée scientifique peut aussi dépendre de notre proximité, de la communauté à laquelle nous rendons service », explique-t-il.

Récemment, la Commission Nationale d’Évaluation de l’Activité de Recherche (CNEAI) de l’ANECA (Agence Nationale d’Évaluation de la Qualité et l'Accréditation) a fait un geste en ce sens lors de son Prix de la Recherche1de 2023 en mettant fin au critère de préférence pour les articles rédigés en anglais, permettant ainsi de « promouvoir la recherche dans les langues officielles des territoires sans discréditer les travaux publiés en espagnol ou dans d’autres langues co-officielles ».

La valorisation d’un écosystème de revues scientifiques multilingue

 

Selon Maite Puigdevall, professeure à l’ UFR Arts et Humanités et membre du groupe de recherche Langue, culture et identité face à la mondialisation (IDENTICAT), des mesures de soutien pour les revues scientifiques publiées dans d’autres langues doivent aussi être mises en œuvre pour accompagner ces changements. « Actuellement, le système nous pousse à publier en anglais, ce qui empêche fortement l’ensemble des revues scientifiques espagnoles d’atteindre un haut niveau de qualité. C’est un cercle vicieux : si l’on ne soutient pas les travaux de haute qualité qui incitent les revues à mettre en place un système de vérification interne nécessaire pour améliorer la qualité de leurs publications, ces travaux ne seront pas lus par suffisamment de monde. En outre, si les chercheurs et chercheuses cessent de publier en catalan, les revues en question ne pourront pas non plus gagner en qualité. Ainsi, c’est la responsabilité de tout le système, y compris des scientifiques, de faire en sorte que les revues scientifiques catalanes puissent faire de même », souligne-t-elle.

À ce propos, la chercheuse ajoute que la question de la langue choisie pour la publication des résultats de recherche doit se poser dès le début des travaux. « Il faut vraiment réfléchir en permanence dans quel débat l’on souhaite s’inscrire, que ce soit en catalan, en anglais ou en espagnol, car chaque revue s’adresse à un lectorat et à des communautés scientifiques différents », précise-t-elle.

De plus, ce choix entraîne des répercussions plus implicites selon la sociolinguiste de l’UOC : « Ce n’est pas le simple fait de publier en anglais, mais aussi dans le style d’écriture anglais, qui est différent du style catalan puisque nous ne produisons pas les travaux et les connaissances scientifiques de la même façon. Ainsi, nous constatons également une homogénéisation de la production du savoir, qui copie systématiquement la méthode britannique, anglaise ou américaine. Cela appauvrit bien évidemment la diversité des méthodes de recherche scientifique », affirme-t-elle.

L’aide de l’intelligence artificielle

 

Josep Maria Duart, professeur de l’UFR Psychologie et Sciences de l'Éducation et chercheur dans le groupe Éducation et Technologies de l’Information et de la Communication (EDUL@B), coédite la revue scientifique International Journal of Educational Technology in Higher Education (ETHE), une référence en matière d’éducation et de technologie. « Aujourd’hui, il est impossible d’accéder à des revues de haute qualité qui n’aient pas été publiées en anglais », déplore-t-il. ETHE a aussi été publiée en espagnol pendant quelques années, mais ce n’est désormais plus le cas. « Le coût élevé de la traduction empêchait cette double publication, mais le développement de l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives dont nous devons tirer parti pour que la publication scientifique dans n’importe quelle langue ne soit plus un problème », assure-t-il.

De même, López-Borrull souligne que le développement technologique, et en particulier la traduction automatique, permettront de « produire des résumés et de consulter des documents dans des langues que [l’on] ne [connaît] pas, ainsi que d’accéder à des connaissances d’une autre nature que celles dont [on dispose] actuellement ». Pour cela, le chercheur du GAME souligne l’importance de « créer des langages, des corpus et autres, afin qu’aucune langue ne se perde en chemin. Autrement dit, il est important de mettre au point des technologies qui fonctionnent aussi bien pour la traduction de l’anglais vers l’espagnol que de l’anglais vers le catalan ».

Cependant, bien que ces technologies soient très prometteuses, il reste encore du chemin à parcourir pour que ces projets deviennent réalité, du côté des institutions universitaires comme des revues scientifiques : « Nous devons mettre un point d’honneur à ne pas utiliser que l’anglais, et à offrir la possibilité aux auteurs, autrices et au lectorat d’écrire, présenter ou lire les articles dans la langue qui leur convient le mieux », conclut-il.

 L’action de la science ouverte respecte les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.

UOC Recherche et Innovation

Le groupe recherche et innovation de l’UOC contribue à résoudre les défis auxquels fait face la société mondialisée du XXIe siècle en étudiant l’interaction entre la technologie et les sciences humaines et sociales, et plus particulièrement les réseaux sociaux, l’apprentissage à distance et la santé numérique.

Les plus de 500 chercheurs et chercheuses et les plus de 50 groupes de recherche sont répartis entre les sept UFR de l’UOC, un programme de recherche sur l’apprentissage à distance (e-learning research) et deux centres de recherche : le Centre Interdisciplinaire de l’Internet (IN3) et le Centre de Santé Numérique (eHC).

L’université promeut également l’innovation dans l’apprentissage numérique par le biais du Centre d’innovation eLearning (eLinC) du transfert de connaissances et de l’entrepreneuriat de la communauté UOC grâce à la plateforme Hubbik.

Les objectifs de l’Agenda 2030 des Nations Unies pour le Développement Durable et la science ouverte sont la pierre angulaire de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation à l’UOC. Plus d’informations : research.uoc.edu.

 Auteur de l'article original : Agustín López

Traduit par Lorena Danhyer

Source : https://www.uoc.edu/es/news/2024/como-impulsar-el-multilinguismo-en-la-ciencia

1 Los Sexenios de Investigación : en espagnol, un sexenio est la reconnaissance d’une activité de recherche entreprise sur une durée de six ans, qui peut donner lieu à un complément de revenu. Les chercheurs et chercheuses peuvent recevoir au maximum six sexenios au cours de leur carrière.