LE MONDE | 24.10.2017 à 06h37 • Mis à jour le 24.10.2017 à 17h22 | Par Raphaëlle Rérolle (Barcelone, envoyée spéciale)
Image : Sylvie Serprix serprix.com
C’est fou comme ces petits ne sourient pas. Ce sont deux enfants de 6 et 8 ans qui réclament leur goûter, sautillent nerveusement, veulent rentrer à la maison. Ils viennent de faire 30 km d’autocar pour revenir de l’école, explique leur mère qui préfère taire les prénoms – déjà assez d’ennuis comme ça. Elle s’appelle Ana Moreno, elle a 37 ans, et elle a donné rendez-vous au bar de la station routière, après son travail. Son fils et sa fille arrivent juste de Lérida, la capitale de la province, près de la frontière avec l’Aragon. Au-dessus de leurs têtes, on aperçoit la splendide église fortifiée de Balaguer, ville de 17 000 habitants où demeure la famille.
Pourquoi si loin, l’école ? Parce qu’à Balaguer « ce n’était plus possible », répond la mère. Les enfants se chamaillent, elle penche la tête vers son Coca, l’air las. A vrai dire, explique-t-elle en repoussant ses longs cheveux bruns, elle-même voudrait bien quitter cet endroit. Seulement, il y a l’hypothèque sur la maison et puis son travail, celui de son mari. Ana a beau être « bagarreuse », comme dit d’elle son amie Maria, la vie est devenue très difficile depuis 2015.