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Le plan de développement des langues : toujours l'ambiguité

Le Président de la république vient de transmettre ses instructions au ministre de l'éducation, Xavier Darcos. Dans sa lettre de mission, Nicolas Sarkozy traite de la politique d'enseignement des langues, maintenant l'ambiguité fondamentale que nous avions soulignée tant dans notre lettre aux candidats, que dans l'analyse des réponses ou des déclarations tenant lieu de réponse. De diversification de l'enseignement des langues et de plurilinguisme, il n'est nullement question. Par contre, le cap pour que nos jeunes bacheliers, soient bilingues...La lettre que nous tenons de l'AEF (Agence Education Emploi Formation) dit exactement ceci : "Nous souhaitons que l'enseignement des langues étrangères commence dès le cours préparatoire et que notre système éducatif se fixe comme objectif de faire en sorte que tout élève sorte bilingue du lycée."

La formulation utilisée dans cette lettre de mission soulève plusieurs questions :

- Est-elle compatible avec l'objectif européen depuis le Conseil des ministres de l'éducation de 1995 de développer un enseignement de deux langues vivantes étrangères en plus de la langue nationale? Elle est manifestement en opposition avec cet objectif européen, car elle postule une langue en plus de la langue nationale et non deux. Elle est conforme en revanche avec le texte de la loi Fillon sur l'avenir de l'école qui inscrit dans le socle commun l'apprentissage d'une langue étrangère. Traduisez : ce qui est le minimum (sorte de kit de survie pour l'insertion sociale) devient la norme. Où est l'ambition?

- L'association entre l'apprentissage d'une langue et le bilinguisme suggère une idée d'excellence, qui est un des freins au développement de l'apprentissage des langues en France. Les français préfèrent ne pas s'exprimer du tout que de s'exprimer d'une manière non parfaite. Le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues officiellement reconnu par la France propose une démarche inverse.

- Doit-on considérer comme caduque le programme de développement de l'enseignement des langues défini en application de la loi Fillon et publié dans la lettre flash du ministère de l'éducation nationale du 20 octobre 2005, François Fillon étant alors ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Sans chercher le moins du monde la polémique, mais dans le souci de faire notre travail,  des propos récents du ministre de l'éducation ne font qu'alourdir le doute sur la réalité des intentions gouvernementales au plan linguistique.

Dans l'enregistrement ci-joint (RMC 7 juillet 2007), M. Xavier Darcos assimile l'italien à une langue rare, les langues rares commençant avec le Chinois, sur un ton qui frise la condescendance. Question : où M. Darcos situe-t-il l'allemand, première langue européenne en nombre de locuteurs, l'anglais n'arrivant qu'en 3e position, ex aequo avec l'italien. Nous espérons seulement une mise au point et une orientation claire, orientation qui malheureusement ne se dégage pas de la lettre de mission du Président de la République.

Si la lettre de mission est ambigüe, le discours de Caen ne l'était pas : "Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l’enseignement de deux langues étrangères parce que c’est la seule façon efficace pour que l’hégémonie de l’anglais soit battue en brèche." Ce discours n'était-t-il donc que pure rhétorique? Ne cherchez pas! Le rédacteur n'est pas la même personne...