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L’anglicisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Enjeux, débats et perspectives (Enjeux et société, Volume 11, numéro 1, hiver 2024)

Introduction par Virginie Hébert (Institut national de la recherche scientifique) et Linda Cardinal (Université de l’Ontario français)

Le thème de l’anglicisation de la recherche et de l’enseignement supérieur fait l’objet d’attention sur tous les continents, mais en particulier en contexte européen où la question a donné lieu à des interventions qui ont fait réagir dans de nombreux milieux (Frath, 2014; Lanvers & Hultgren, 2018; Le Lièvre & al., 2018; Wilkinson & Gabriëls, 2021). À titre d’exemple, en 2013, l’adoption de la loi Fioraso par le gouvernement français pour faciliter l’enseignement en langue anglaise dans les universités a déclenché une importante polémique qui est loin de s’être estompée (Blattès, 2018; Le Lièvre, 2021; O’Connell & Chaplier, 2014; Truchot, 2018). D’un côté, ses partisans arguent la nécessité de l’anglais en contexte d’internationalisation de l’éducation; de l’autre, ses opposants craignent la marginalisation de la langue française, tout en s’inquiétant du mauvais signal envoyé à la Francophonie internationale (Graziani, 2014).

Aux Pays-Bas, l’un des pays où l’anglicisation de l’enseignement supérieur est la plus prononcée, l’enjeu provoque aussi d’âpres discussions. Entre autres, en 2018, l’association néerlandaise BON (Better Education Netherlands) intente un procès aux universités Twent et Masstricht. Elle soutient que ces établissements ont enfreint la loi, car ces derniers ne donnent plus d’enseignement en néerlandais aux élèves néerlandais (Altbach & De Wit, 2020; Wilkinson & Gabriëls, 2021). En Italie, la décision de l’école Politecnico di Milano – l’École polytechnique de Milan – d’imposer l’anglais comme langue d’enseignement à la maîtrise et au doctorat entraîne également une vive controverse et conduit une centaine d’universitaires à intenter un procès à l’Université, procès dans le cadre duquel ces universitaires ont finalement eu gain de cause[1] (Murphy & Zuaro, 2021; Santulli, 2015). Enfin, depuis une quinzaine d’années, des universitaires des pays nordiques expriment leurs craintes quant à la position de leur langue nationale en regard de celle dévolue à l’anglais dans l’enseignement supérieur (Cabau, 2014). Par exemple, nombre d’étudiants suédois peineraient à présenter leurs recherches dans leur langue par manque d’une terminologie adéquate et plusieurs rencontreraient des difficultés de compréhension du fait de l’utilisation d’une langue étrangère. Ces universitaires s’interrogent également sur les conséquences de l’hégémonie anglo-saxonne sur le mode de réflexion et sur l’émergence d’une forme de « pensée unique » (Cabau, 2014, p. 63).

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