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Grâce à la traduction-interprétation, la Chine fait entendre sa voix

http://french.china.org.cn, jeudi 19 novembre 2009

Depuis la fondation de la Chine nouvelle en 1949, le secteur chinois de la traduction a progressé parallèlement au développement du pays dans les domaines social, politique, économique, culturel, scientifique et technique. À l'heure actuelle, la mondialisation économique et l'informatisation lui confèrent une signification et une mission nouvelles. China.org.cn a donc invité à M. Huang Youyi, vice-président de la FIT (Fédération internationale des traducteurs) et vice-président et secrétaire général de l'ATC (Association des traducteurs de Chine), de partager son point de vue sur les réalisations des traducteurs chinois et sur l'avenir de leur profession. Voici des extraits de l'interview :

Le rôle des traducteurs dans le développement de la Chine

Le secteur chinois de la traduction s'est développé de concert avec les avancées de la Chine nouvelle. Les 60 ans écoulés peuvent être divisés en plusieurs périodes, avec un centre de gravité différent. D'abord, au lendemain de la fondation de la Chine nouvelle, les traducteurs avaient pour tâches, d'un côté, d'introduire des réalisations scientifiques et technologiques, ainsi que des produits culturels de qualité venus de l'étranger et de l'autre, de présenter au reste du monde la Chine nouvelle et la pensée de Mao Zedong durant la « Grande Révolution culturelle » (1966-1976). Ces dernières années, notamment après la mise en application de la politique de réforme et d'ouverture en Chine, l'accent a été mis sur l'impulsion donnée à la cause socialiste en Chine, à la mise en place de l'économie de marché par exemple, et aux diverses œuvres culturelles. Les traducteurs et interprètes sont bien entendu indispensables aux affaires étrangères et à la diplomatie.

On a raison de dire que durant ces 60 ans, la traduction a pris la place d'une science à part entière. Et les traducteurs et interprètes ont apporté une grande contribution à notre société. Sans traduction, la Chine nouvelle ne saurait se développer ; sans traduction, il serait impossible de mener à bien la réforme et l'ouverture ; sans traduction, la Chine ne pourrait ni avoir son statut actuel ni faire entendre sa voix sur le plan international.

La demande sociale oblige l'ATC à changer de statut

D'une organisation purement académique, l'ATC s'est transformée en une organisation corporative. Ce changement a été motivé par le besoin de répondre à la demande sociale.

Primo, la traduction rencontre une demande sociale considérable. En raison de la réforme et de l'ouverture de la Chine, tous les secteurs d'activité ont besoin de traducteurs et d'interprètes. Ainsi est née l'industrie de la traduction. Son chiffre d'affaires annuel est estimé à 30 milliards de yuans. Selon les enquêtes effectuées par de nombreux établissements, ce dernier connaît une croissance de 15 % par an.

Secundo, cette industrie exige un développement rapide de l'enseignement de la traduction. Dans le passé, les établissements d'enseignement supérieur ne proposaient que des sections de littérature et de langues étrangères. Aujourd'hui, la traduction et l'interprétariat attirent de plus en plus de candidats. Les établissements d'enseignement supérieur proposent des diplômes de licence et de master pour ces spécialités. Le secteur de l'enseignement de la traduction évolue aussi rapidement.

Tertio, du fait que les traducteurs des services gouvernementaux ne sont pas assez nombreux pour répondre à la demande, plusieurs milliers de sociétés de traduction ont vu le jour. D'autre part, le capital étranger a commencé à pénétrer le marché chinois de la traduction et a permis d'établir des sociétés qui, enregistrées comme sociétés de conseil ou de culture, se livrent en fait à des travaux de traduction. Devant cette situation, l'ATC doit jouer son rôle d'association industrielle et corporative. Elle doit d'abord guider ce travail à l'échelle nationale, puis formuler les critères professionnels ; elle doit ensuite élever la qualité de la traduction et former des traducteurs et interprètes compétents ; elle a finalement pour but d'accroître la notoriété de ce métier.

Quelle place les traducteurs chinois occupent-ils dans le monde ?

Nous sommes à l'avant-garde si l'on évoque la traduction du chinois vers une langue étrangère ou inversement. Nous avons cependant beaucoup de lacunes par rapport aux pays où la traduction est bien développée, notamment les pays européens. Cela est probablement dû aux particularités linguistiques du chinois. C'est également la raison pour laquelle nous rencontrons tant de difficultés dans l'apprentissage de langues étrangères et de langues reposant sur un alphabet. Parmi les traducteurs et interprètes chinois, rares sont ceux qui sont en mesure de traduire depuis une langue étrangère vers une autre langue étrangère. C'est là notre carence. Mais dans l'ensemble, le nombre de traducteurs et interprètes chinois, ainsi que leurs traductions sont d'un niveau international relativement élevé.

Le rôle de la traduction dans la diffusion de la culture chinoise à l'étranger

Sans traducteur et interprète, il est impossible de faire connaître notre culture auprès du public étranger. La traduction n'est pas une simple transposition entre deux langues, mais une interprétation culturelle. Tout traducteur qualifié ne travaille pas seulement sur le plan linguistique, mais aussi sur le plan culturel. Nous devons présenter au public étranger la culture chinoise dans ce qu'elle a d'essentiel. Par exemple, on peut traduire le propos de Confucius suivant de deux manières : « Que je suis heureux de voir un ami venir de loin » ; « Je suis d'autant plus heureux de recevoir mon ami qu'il est venu de loin ». À mon avis, la seconde traduction restitue plus fidèlement les sentiments de nos anciens.

Un autre exemple : on peut également traduire de deux façons une même phrase chinoise : « Un pays faible ne peut pas développer ses affaires extérieures ». Cette traduction risque de mécontenter les petits pays qui penseront ainsi que la Chine les méprise. Il est préférable de traduire d'une autre manière : « un petit pays ou un pays faible est plus facilement exposé aux vexations des grandes puissances ». Cette deuxième interprétation est plus acceptable.

Par conséquent, tout pays qui veut accroître sa « puissance douce » culturelle doit parvenir à établir une communication intrinsèque et profonde. Une communication qui manque de profondeur d'esprit risquerait de susciter le malentendu et de gâter les choses.

Étendre les échanges et la coopération avec les confrères étrangers

Ces dernières années, notamment après la tenue à Shanghai du 18e congrès mondial de la FIT sous les auspices de l'ATC, la voix de la Chine est plus forte que jamais dans les milieux internationaux de traduction et d'interprétation.

Je viens de participer à une réunion du Conseil de la FIT. En choisissant les membres d'une dizaine de comités, nous avons admis beaucoup de traducteurs chinois. Pour la première fois, des représentants de l'ATC sont entrés dans les comités suivants : Comité pour les normes, Comité de formation, Comité du droit d'auteur, Comité de traduction et adaptation culturelle et Comité de technologie de la traduction. Je n'ai plus l'impression de travailler tout seul là-bas, mais avec un groupe de compatriotes.

Je vois que chaque fois que nous discutons de problèmes de traduction, nous remarquons la présence de traducteurs chinois et entendons leur voix. Nous veillons aussi à faire entrer dans de tels comités des traducteurs de Hong Kong et de Macao.

Par l'intermédiaire de ces nouvelles plates-formes, nous sommes en mesure de mieux faire connaître le milieu de la traduction en Chine, et par cet intermédiaire, la Chine actuelle.

La traduction est un métier pénible, mais gratifiant

L'usage international consiste à traduire vers sa langue maternelle.

Le problème auquel est confrontée la Chine est que très peu d'étrangers sont capables d'aider les Chinois à traduire ce qui concerne leurs affaires politiques, leur culture, leurs œuvres télévisuelles et cinématographiques, et même les cahiers des charges. Nous devons donc nous atteler nous-mêmes à cette tâche, conscients qu'il s'agit là de notre point faible et que des erreurs de traduction sont inévitables. Beaucoup nous reprochent de nous exposer à la risée du public, au lieu de faire connaître l'essence de la culture chinoise. En réalité, nous ne pouvons blâmer les traducteurs. Il va sans dire que les traducteurs chinois doivent élever leur niveau. Cependant, tout administrateur, tout responsable d'un projet, doit choisir un traducteur qui est à la hauteur du travail à accomplir. Sinon, la faute ne revient pas au traducteur, mais à la personne qui l'emploie.

L'ouverture du pays et la mondialisation entraînent une forte circulation d'informations et un besoin croissant des services des traducteurs et interprètes. De grandes opportunités s'offrent donc désormais à ces derniers. La chance leur sourit, mais peuvent-ils la saisir et en profiter pleinement ? D'après mon expérience personnelle, la traduction est un métier pénible et monotone. D'abord, le traducteur doit pouvoir se résigner à la solitude. Il doit aussi faire preuve d'une grande assiduité dans ses études et ne doit pas se contenter d'à-peu-près. Il lui faut oeuvrer avec beaucoup de soin.

Troisièmement, il lui faut travailler avec abnégation. Le temps libre doit être consacré à étudier la littérature et les langues étrangères, de même que notre littérature classique. Il y a toujours quelque chose à apprendre. J'ai le sentiment d'être tenaillé par la soif de connaissance et d'avoir comme un vide dans mon cerveau si je ne lis pas plus d'un texte en langue étrangère par jour.

Quatrièmement, les choses nouvelles sont si nombreuses que l'on doit les étudier sans arrêt. Dans mon cas, j'ai commencé à avoir réellement confiance en mes capacités de traduction dix ans après mon placement au poste de traducteur. Aujourd'hui, je suis capable de travailler tout seul. Cela m'a demandé dix ans d'efforts assidus. Je pense que dans d'autres métiers, on n'a pas besoin de tant d'années pour acquérir l'expérience nécessaire et pouvoir travailler en toute indépendance. Le métier de traducteur demande une plus grande sérénité d'esprit et une assiduité défiant la solitude, l'incompréhension et l'anonymat.

Enfin, je suis d'avis que la maîtrise d'une langue étrangère permet d'avoir plus d'idées et d'envisager les choses sous un nouvel angle. Le traducteur professionnel a la manie de traduire tout texte qui lui est présenté, parce qu'il est attiré par la joie de se consacrer à la « culture comparative ». Vous pouvez imaginer l'immense joie d'appréhender l'essence de deux cultures.

J'espère que davantage de personnes deviendront des traducteurs et interprètes professionnels. Je sais aussi que leur cheminement sera plein d'embûches, comme pour leurs prédécesseurs. Mais si l'on persiste dans cette voie, on ne manquera pas de découvrir une joie indicible. Je souhaite que nous soyons des traducteurs épanouis, pourvus de connaissances étendues et pluridisciplinaires.