LE MULTILINGUISME DANS LES FAITS : Bien qu’il constitue un des principes fondamentaux de l’Union Européenne depuis le début, pour lequel chaque nouveau pays qui adhère à l’UE apporte une nouvelle langue officielle à l’UE, mais ces mêmes institutions européennes ne respectent pas le principe du multilinguisme. Tout ceci est en faveur d’une seule langue, l’anglais bien évidemment : il suffit de penser au fait que le document susmentionné traitant du multilinguisme a été rédigé en anglais… C’est pour cela qu’en Italie, beaucoup de personnes confondent le fait de favoriser l’apprentissage des langues étrangères avec la seule connaissance de l’anglais. Ils soutiennent une réalité : l’anglais est la langue étrangère la plus parlée au monde, la plus étudiée, et en comptant également les colonies et les anciennes colonies, le nombre de personnes dont la langue maternelle est l’anglais est impressionnant. Il est également vrai qu’elle est la langue étrangère la plus connue en Europe, suivie par l’allemand et le français. Pour être un peu plus précis : la langue maternelle la plus diffusée dans l’UE est l’allemand, avec environ 90 millions de locuteurs natifs- 18% de la population de l’Union Européenne- arrivent ensuite l’anglais, l’italien et le français, chacune de ces langues étant parlée par 60-65 millions d’habitants- 12/13% de la population totale. Cependant l’anglais est parlé par environ 38% des citoyens de l’UE comme première langue étrangère : elle dépasse de loin l’allemand et les autres langues.
Arrêtons-nous sur une donnée mise en évidence par le dernier « Sondage spécial Eurobaromètre des langues » lancé par la Commission en 2006 : les meilleures compétences linguistiques se trouvent dans les pays relativement petits ou les pays dont la langue a une diffusion limitée en dehors de leurs frontières. Plus de 90% de la population dans 8 pays de l’UE – Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays Basques, Slovaquie, Slovénie et Suisse-, affirme parler une seconde langue en plus de sa langue maternelle. De l’autre côté de l’Europe, seulement 34% des irlandais et 38% des britanniques affirment connaitre une seconde langue à un niveau suffisant pour soutenir une conversation. Evidemment : ils naissent en parlant l’anglais : ils ne connaissent pas le besoin insurmontable, comme nous tous, de parler une autre langue, que cela soit pour être multilingue, ou pour des raisons professionnelles.
Donc, devant cette réalité (la domination de l’anglais), les institutions européennes y adhèrent, en violant l’article 2 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, celui qui vise à prohiber la discrimination linguistique. Et elles privilégient par la suite ceux qui maitrisent la langue anglaise, que ce soit des locuteurs natifs (surtout) ou non. Politiquement, cela est inadmissible. Il est important de toujours rappeler ce point, à quiconque soutient qu’il n’y a pas d’autre choix que de se rallier à la suprématie de l’anglais, que les Etats-Unis (et l’Angleterre) sont un attrait (politique, économique, et même militaire) parce que l’anglais est et reste la langue des échanges (même commerciaux) internationaux, et met à disposition des ressources financières et humaines en quantité pour enseigner et diffuser l’anglais.
Il ne faut donc pas tomber dans ce piège, en pensant que l’anglais endosse ce rôle actuellement pour des raisons non politiques et qui n’ont pas de rapport avec certains jeux de pouvoir.
LE PROBLEME : le problème du multilinguisme est précisément le suivant : il est difficile, avec ce système, de modifier la réalité ; ainsi, on finit par favoriser les langues qui sont actuellement dominantes. Moi, par exemple, je suis libre d’apprendre le lithuanien plutôt que l’anglais : il a le même statut de reconnaissance officielle au sein de l’UE, mais après je vais devoir trouver quelqu’un qui parle également le lithuanien, en dehors de la Lituanie. Finalement : si l’anglais tient ce rôle, et étant donné que je dois apprendre au moins une langue étrangère, mon choix se portera très, mais alors très probablement sur l’anglais.
Il n’y a rien que l’on puisse faire : on peut encourager (sur papier mais non dans les faits) le multilinguisme : parmi toutes ces langues- et c’est purement logique- il y en aura toujours une qui aura le dessus sur d’autres en raison de sa diffusion, et il y en aura toujours une qui sera plus utilisée, parce que plus connue que les autres. Ceci est inévitable. Et donc il y aura toujours une culture- avec comme bagage une puissance économique- qui sera plus prestigieuse et plus dominante que les autres. C’est un fait et il en sera toujours ainsi : avec les moyens d’aujourd’hui et avec l’UE qui doit obligatoirementt nous reconnaitre pour nous intégrer, la pénétration de cette langue unique devient très puissante, voir redoutable. Et en Italie, entre les ministres du Welfare, Austerity and choosy, on le remarque très bien.
Les langues minoritaires risquent de disparaitre en premier, et les moins minoritaires après : l’UNESCO a fait ses calculs, et les prévisions indiquent qu’à cause de l’impérialisme linguistique américain et des communications de masse, chaque semaine, une langue dans le monde disparaitra. Dans le cours du siècle disparaitront, en faveur du tout-anglais, environ 7.000 idiomes. Et il ne s’agit pas seulement de langues vraiment minoritaires, comme certains dialectes sud-américains, tribus africaines, ou des groupes d’indigènes américains désormais trop vieux. Il s’agit également de langues moins minoritaires, à l’instar des langues qui sont défendues corps et âmes comme le basque. Et, si on observe encore plus, les langues qui sont considérés actuellement comme les plus « prestigieuses », comme l’italien, sont aussi concernées, alors qu’elles ne jouissent déjà pas d’une grande présence dans les médias et au niveau du langage technico-scientifique. Et cela est difficile à éviter avec une politique multilingue, soit parce que il y aura toujours une langue privilégiée, et donc une population de locuteurs natifs privilégiée, soit parce que nous en avons besoin, pour contrebalancer une politique linguistique plus forte au sein de chaque nation pour la promotion et la diffusion de sa propre langue dans sa patrie et au-delà des frontières. Chose qui, si elle fait défaut comme chez nous, peut porter au tout-anglais plutôt qu’au plurilinguisme.
Mais, imaginons que l’on réussisse les objectifs du plurilinguisme, que les écoles enseignent la langue locale et deux langues étrangères au choix, et que nous devenons donc tous multilingues, avec une domination réelle de l’anglais. Si « la langue de l’Europe est la traduction » cela ne devrait pas poser de problème : il suffirait de produire un texte, puis de traduire chaque mot dans les 23 langues officielles. Cela requiert cependant des moyens financiers (non considérables, mais il y en a toujours qui soutiennent que l’on pourrait dépenser de manière plus intelligente), du temps, et nécessite d’excellents traducteurs. Donc, disons entre parenthèses, que le traducteur, avec l’UE pourrait et devrait se trouver un nouveau rôle, très prestigieux, au centre des débats les plus complexes de l’Union : le traducteur devrait être formé au mieux dans les institutions européennes.
Mais en réalité, seulement une petite partie des documents est traduite ; la majeure partie étant écrite en anglais, traduite en français et en allemand, et c’est ici que cela s’arrête. Qui ne vient pas d’un pays assez fort et prestigieux, devra apprendre une de ces trois langues. Restent rares, voire inexistants, les documents qui sont rédigés directement dans une langue différente de celles-ci.
Pour toutes ces raisons, il existe une alternative au multilinguisme, et elle est radicalement opposée au tout-anglais. C’est la proposition du mouvement espérantiste, qui retient qu’une langue unique faciliterait les échanges ; mais cette langue ne peut être l’anglais ni aucune autre langue naturelle européenne. Personne ne peut linguistiquement dominer les autres. La solution selon les espérantistes est d’adopter une langue internationale qui n’appartient à personne, mais à tous : l’espéranto. Nous en parlerons la semaine prochaine.
Antonio Marvasi
www.insuafavella.blogspot.com
Traduction : Boutarfa Amina