Les quartiers les plus riches possèdent 61% des établissements alors que seulement un tiers de la population y vit.
21 avril 2022, 9h13 – par Guifré Jordan
Les données fournies par le conseil municipal et analysées par Catalan News Agency rapportent que sur les 12 quartiers les plus pauvres de Barcelone, 10 n’ont aucune librairie. Seuls les quartiers Raval et Besòs i Maresme possèdent une librairie.
Les quartiers les plus riches possèdent 61% du nombre total de librairies, alors que seulement 33% de la population y vit. Barcelone a 73 quartiers, et dans 25 d’entre eux, on ne trouve aucune librairie. La majorité de ceux-ci (21) a un revenu moyen par habitant inférieur à la moyenne de la ville (20 956€ selon les chiffres publiés par le conseil en juillet 2021, sur les données de 2018).
Ce manque de librairies « appauvrit le quartier». Les conseils municipaux locaux devraient favoriser l’ouverture de nouveaux établissements, dit Maria Carme Ferrer, présidente de l’association Bookstores, à ACN.
Les raisons qui se cachent derrière ces différences dans le nombre de librairies sont majoritairement économiques, puisque les personnes avec un revenu plus élevé sont plus diplômées, ce qui signifie qu’elles représentent une « clientèle potentielle meilleure pour les librairies », explique Ferrer. Cependant, il est « toujours possible de se procurer des œuvres littéraires », quel que soit le revenu, ajoute-t-elle.
Le niveau d’études et les revenus ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent le nombre de librairies dans la capitale catalane. Il y a la « tradition historique » de l’activité commerciale et du prix des loyers. L’association affirme que dans le quartier de Eixample, par exemple, plusieurs boutiques ont dû fermer, mais que de nouvelles sont d’ores et déjà en train d’ouvrir.
À Barcelone, il y a 19,4 librairies pour 100 000 habitants, en comptant les 322 établissements recensés par le conseil municipal.
Les librairies s’y connaissent en catégories de revenus.
198 de ces libraires sont localisées dans 20 quartiers : les plus riches. Elles représentent 61% de toutes les librairies de la capitale catalane pour seulement 33% de la population (562 541 habitants).
D’autre part, 85% des 49 quartiers qui se situent en dessous du revenu moyen par habitant ont aussi un nombre moyen de librairies par habitants plus bas. Les quelques quartiers qui ont plus de librairies que la moyenne sont : Sants, Poble-sec, la Font de Guatlla (dont l’une des librairies se trouve à l’intérieur d’un musée privé), Montbau (la librairie se trouve sur un des campus de l’Université de Barcelone), el Raval, el Gotic i Sant Pere et Santa Caterina i la Ribera, tous des quartiers de Ciutat Vella, en centre-ville.
Le quartier Raval a 51,3 librairies pour 100 000 habitants, et le seul établissement à Besos i el Maresme a, lui, un ratio de 3,8 pour 100 000 habitants.
Encourager les librairies
Le district de Nou Barris est le deuxième à avoir le moins de librairies de toute la ville, avec un ratio de 5,2 pour 100 000 habitants.
La raison derrière cela est que « la consommation culturelle est liée au niveau de revenu » explique Albert Recio, vice-président de la Fédération des associations de quartiers à Barcelone (FAVB) et habitant du district, à ACN.
« Il est donc tout à fait normal qu’un secteur avec un revenu plus modéré par habitant ait moins de centres culturels » a-t-il ajouté.
Dans le passé, le district avait des librairies qui vendaient des livres et des journaux, mais avec le numérique et les ventes en ligne, beaucoup de commerces ont dû fermer.
Malgré la diminution du nombre de ces commerces, les administrations publiques et les écoles ont encore un rôle majeur à jouer dans la préservation de ces librairies. Les gouvernements devraient faire un « effort » pour remplir les bibliothèques locales, pour « que ceux qui veulent lire mais n’en ont pas les moyens puissent aller à la bibliothèque. » dit Recio.
Traduit de l'anglais par Cassandre Rhétière