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Tensions à Barcelone autour de l’utilisation du catalan

International
Mercredi 24 septembre 2025

Tensions à Barcelone autour de l’utilisation du catalan

Une campagne municipale pour promouvoir la pratique du catalan ouvre le débat sur les droits des minorités.

Dans le district d'Eixample, non loin du lieu où Antoni Gaudí a été percuté par un tramway il y a de ça un siècle, la gentrification a laissé sa marque. On y trouve de nombreux lieux à brunch et cafés avec chacun leur spécialité.

À l’intérieur, les clients sont accueillis en espagnol et reçoivent un menu en anglais. Deux femmes à une table discutent en français. Mais dans ce contexte plurilingue, nous remarquons une absence.

« Le catalan n’est plus entendu dans la rue comme auparavant. » nous confie Roser Vergara. « Beaucoup de personnes parlent espagnol maintenant. Mes enfants parlent en catalan uniquement avec moi et personne d'autre. »

Le catalan (aussi appelé valencien dans sa communauté valencienne) est l’une des langues officielles de l’Espagne, avec le basque, le galicien, et l’aranais. Si cette part précieuse de l'identité de la Catalogne a été menacée pendant les 40 ans de dictature de Franco, elle sert aujourd'hui à l'enseignement dans les établissements régionaux.

Aujourd'hui, cependant, son futur est incertain. Seulement un tiers des habitants parle le catalan couramment, contre 46% en 2003, et moins d’un tiers maintenant considère qu’il s'agit de leur langue maternelle. La tendance s'accentue chez les jeunes générations. Seulement un quart des 15-34 ans parlent le catalan régulièrement, contre 43% en 2007.

À Barcelone, le problème est plus prononcé. Dans une ville en changement rapide, le tourisme, l’immigration, et une population anglophone croissante remodèlent la vie urbaine. Plus de 400 000 habitants (un quart de la population) viennent de l'étranger, contre 26 000 au début du siècle. L’espagnol reste majoritaire dans l'usage, tandis que l’anglais devient la langue véhiculaire dans certains quartiers.

« Le catalan perd du terrain dans les espaces publics. », affirme Josep Maria Recasens, le coordinateur de l’administration publique de la Plataforma per la Llengua, une ONG qui défend et promeut la langue catalane. « Malgré une augmentation du nombre de personnes qui le pratique, les nouveaux venus arrivent si vite qu'en nombre absolu ils dépassent de loin ceux qui apprennent le catalan ».

Pour répondre à ce déclin, le conseil municipal de Barcelone, du parti de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) pro-indépendance, a annoncé l’année dernière un plan comportant 68 mesures. Il prévoit notamment d’inviter des influenceurs le pratiquant dans les écoles, et d’encourager les salutations en catalan dans les boutiques (selon la loi, les clients ont le droit de parler et d’être compris dans l’une des langues officielles de leur choix).

« Il est de plus en plus difficile de trouver un menu écrit en catalan, alors qu’on peut en trouver en coréen ou en russe », a affirmé la conseillère municipale Elisenda Alamany lors d'une conférence dévoilant ces mesures, tout en portant un t-shirt sur lequel était écrit : « Moins de brunch et plus de vermouth ! »

En juillet, le maire de Barcelone Jaume Collboni a nommé l’ancienne journaliste Marta Salicrú au tout nouveau poste de représentante municipale de la langue catalane. Elle est chargée de promouvoir son utilisation sociale.