Logo de l'OEP

Sélectionnez votre langue

Logo de l'OEP

Plurilinguisme et pouvoir économique au Maroc. Quelle place pour la langue française (Leila Messaoudi, academia.edu)

Plurilinguisme et pouvoir économique au Maroc. Quelle place pour la langue française ? Leila Messaoudi Laboratoire langage et société CNRST-URAC56 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Le rôle que joue la langue dans le secteur économique et le milieu professionnel commence à intéresser les chercheurs et l'articulation possible entre la langue de travail et le fonctionnement (et même la productivité) de l'entreprise est abordé sous différents angles. En France, un réseau de chercheurs relatif au créneau « Langage et travail » (Borzeix et Fraenkel, 2002) a vu le jour, sous ce nom, en 1986 et se consacre à l'observation des interactions verbales en situation de travail (voir Boutet, 2008 et 2012), le plus souvent en contexte monolingue. Des travaux menés au Canada (Duchêne et Heller, 2012) abordent l'impact de la globalisation sur les langues. Au Maghreb, une réflexion contextualisée est menée sur les technolectes (Messaoudi et Benramdane (2013)) et leur rapport au domaine éducatif et économique ; au Maroc, des travaux de terrain réalisés par des doctorants et jeunes chercheurs au sein du laboratoire Langage et société-URAC56 de l'université Ibn Tofail de Kénitra, portent sur les enjeux linguistiques et le jeu des langues dans les technolectes savants et ordinaires (Messaoudi, 2013) et leur relation à l'économie et à l'insertion professionnelle (Blanchet et Messaoudi, 2013); en Algérie, le processus de la mondialisation et les enjeux linguistiques sont traités par un groupe de chercheurs (Benguerna et Kadri Aissa, 2001). Depuis quelques années, une spécialité intitulée « l'économie des langues » (Grin, Sfreddo and Vaillancourt, 2010; Messaoudi, 2007) pointe à l'horizon. En fait, l'on prend conscience de l'importance des langues, sous l'effet de la multiplication des moyens de communication via Internet , de la prolifération des échanges au sein de réseaux sociaux, du développement du marché mondial, du libre échange, de la globalisation, de la délocalisation de multinationales, etc. S'inscrivant dans cette perspective, cet article se propose de traiter la place de la langue française dans le paysage linguistique marocain et son rôle dans quelques secteurs de l'économie. Il est à noter que la réflexion autour de cette problématique se situe à un moment important de l'histoire du Maroc qui a choisi de moderniser les structures de gouvernance sociétale, à travers la nouvelle constitution votée en juillet 2011 qui voue une place importante aux langues (à travers l'article 5 de la nouvelle constitution votée le 1 e juillet 2011), avec le projet de création d'un Conseil dédié aux langues. En plus, le contexte sociolinguistique est marqué par l'officialisation de l'amazighe (toujours par ce même article 5 de la nouvelle constitution de 2011) et par un intérêt accru porté aux langues de la part des décideurs (voir les travaux du Conseil Supérieur de l'Enseignement et la mise en place dans le système éducatif de modules visant le renforcement linguistique, en particulier en français et l'introduction récente, depuis la rentrée scolaire de 2013, du Baccalauréat international option française (BIOF) qui a été implanté dans quelque six lycées pilotes au Maroc et où l'enseignement des matières scientifiques est dispensé en langue française. Et ce, sans oublier que le pays s'est engagé résolument dans une réforme du système éducatif (depuis 1999 avec l'adoption la Charte d'Education et Formation ; et depuis 2003, avec la mise en oeuvre du système LMD). En réalité, au-delà de son rôle dans le système éducatif, la langue française assure, sur le plan sociétal au Maroc, deux fonctions : celle élitaire et celle utilitaire (Messaoudi, 2010). Nous ne nous intéresserons ici qu'à l'aspect utilitaire, autrement dit à la « fonctionnalité » au-delà d'autres aspects, comme ceux ayant trait à l'identité culturelle (Messaoudi, 2013) Mais auparavant, nous nous interrogerons sur les langues et le marché économique au Maroc et sur ce qu'on entend par le statut socio économique d'une langue.