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La guerre des langues en Belgique (TV5Monde)

Publié le 22 avril 2010 sur le site de TV5Monde

Les tensions entre communautés belges se cristallisent autour des droits linguistiques des francophones dans la banlieue flamande de Bruxelles, mais derrière c'est une conception radicalement différente du pays qui les oppose.

Le gouvernement Yves Leterme est tombé jeudi en raison d'un conflit autour de la circonscription électorale et de l'arrondissement judiciaire bilingues de Bruxelles-Hal-Vilvorde dit "BHV".

C'est le seul district de ce type dans un royaume coupé en deux où des frontières linguistiques strictes ont été définies entre néerlandophones majoritaires (60% de la population) au Nord, et francophones en Wallonie et à Bruxelles.

Il réunit 54 communes: les 19 que compte l'agglomération bruxelloise, située en Flandre mais très majoritairement francophone (à 85%), plus les 35 communes de la province du Brabant flamand entourant la métropole. Elles sont situées autour des villes de Hal et de Vilvorde.

Cette particularité autorise les quelque 100.000 francophones installés dans la banlieue plutôt aisée de Bruxelles à voter pour des partis francophones lors des élections.

Les francophones peuvent aussi bénéficier de procédures dans leurs langues devant les tribunaux.

Parmi ces 35 communes flamandes de l'arrondissement de "BHV", les francophones jouissent de droits supplémentaires dans six d'entre elles parce qu'ils y sont majoritaires ou très fortement représentés. Ils ont droit en particulier à des écoles francophones et les documents administratifs y sont établis en néerlandais et en français.

La Flandre veut remettre en cause les droits pour l'ensemble des francophones de "BHV" et ne les limiter qu'aux six communes "à facilités" où ils seraient même renforcées. Les francophones refusent faute en l'état de contreparties suffisantes.

Au-delà, ce sont des visions opposées qui s'affrontent: les Flamands estiment que les francophones sont en Flandre sur leur "territoire" et doivent s'y fondre en apprenant notamment le néerlandais. Les francophones jugent qu'on reste en Belgique et insistent pour qu'on prenne en compte les droits des individus avant de s'intéresser au sol.

Cette semaine l'ex-Premier ministre Jean-Luc Dehaene, après avoir échoué à trouver un compromis, a reconnu la quadrature du cercle: "chaque communauté croît détenir la vérité (...) Une communauté part du principe de territorialité; l'autre du principe de personnalité. Les deux sont en opposition totale".