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Le français, deuxième langue enseignée aux Etats-Unis

Nous reproduisons ici l'article précédemment publié sous le titre Le français, langue inutile pour les Américains? (Libération 21 déc 2010), histoire de montrer comment un même contenu peut être présenté différemment, ce qui en change passablement le sens.

C'est maintenant une habitude. Chaque mois, la presse française, dans des articles aux titres provocateurs, cherchent à attirer l'attention sur la décadence et l'effacement progressif de la langue française dans le monde, entraînant dans sa chute au passage les autres langues européennes, anglais mis à part bien sûr. En dépit du caractère presque tapageur de ce type d'articles, ces derniers, même s'ils véhiculent souvent des idées fausses, ont le mérite de susciter le débat.

En juin dernier, c'était un ancien ministre du gouvernement de Gordon Brown, Chris Bryant, qui déclarait à la chambre des Communes que le français, et les autres langues européennes, étaient devenues des langues inutiles, déclaration que l'OEP a commenté dans sa Lettre N°35.

En août dernier, l'hebdomadaire Le Point, publiait une interview de Frédéric Martel, auteur de l'ouvrage controversé, mais à lire selon nous, Mainstream, au titre paradoxal "Français, pour exister, parler English! ", interview dans lequel les abus de mots anglais sont plus risibles que drôles et, en guise d'intérêt, font plutôt penser aux Précieuses ridicules de Molière, toujours d'actualité.

L'habitude est aussi que pour racoller le lecteur, le titre, qui doit être accrocheur, ne reflète pas le contenu de l'article. Le lecteur pressé aura ainsi retenu une idée fausse. L'article de Libération, Le français, langue inutile pour les Américains?, corrige par son contenu le discours de l'éditorialiste américain John MacWhorter, car au-delà du discours il y a les faits, et les faits ne se limitent pas à des extrapolations à partir de faits divers, tels que celui relayé par l'OEP lui-même, concernant l'université newyorkaise SUNY-Albany, même si ces faits divers encore isolés ne laissent pas d'inquiéter. En tout cas il y a débat, et la meilleure preuve en est que l'éditorial de John MacWhorter a déjà suscité une réaction dans The Economist, sous la plume de Samuel Johnson.

Il y a compétition entre les langues, comme dans tous les domaines, mais le besoin de langues étrangères est tel et le niveau de départ est si faible qu'en réalité les langues ne progressent pas nécessairement au détriment les unes des autres, mais elles progressent plus ou moins ensemble. Ainsi l'anglais progresse probablement en Afrique, mais le français aussi, en Afrique francophone et de façon un peu inattendue en Afrique anglophone, et ceci nullement au détriment des langues africaines, qui en tant que langues maternelles, et pour certaines, langues véhiculaires (alias lingua franca) peuvent progresser et progressent grâce à l'éducation. Voir l'article du Monde "Le français progresse en Afrique mais décline en Europe". De la même façon, Le Monde signalait le 8 décembre avec l'AFP que de plus en plus d'étudiants américains apprennent l'arabe, ce qui ne peut que nous réjouir (la langue arabe est l'invitée d'honneur de la 49e édition d'Expolangues cette année). Mais l'on constate que de nombreuses langues sont en progression dans les universités américaines et si certaines suivent une croissance à deux chiffres (arabe, chinois, coréen, portugais), les deux langues qui quantitativement progressent le plus sont l'espagnol (loin devant avec une progression de 43 000 inscrits, soit +5% en 2009 pour 865 000 inscriptions) et le français (avec également +5%, soit +11 000 inscrits pour 216 000 inscriptions).

Donc au-delà du Buzz sur Internet, cher à Frédéric Martel, il y a l'analyse critique des faits.

L'OEP