Contrairement au plurilinguisme fonctionnel, qui relève de la linguistique et de la sociologie, le plurilinguisme tel qu’il est traité ici se réfère à des expériences subjectives liées à des langues européennes qui nous touchent charnellement et atmosphériquement. Cette différenciation est le résultat d’une réflexion phénoménologique sur l’Europe, qui permet de réfuter les arguments en faveur de l’introduction généralisée de l’anglais mondial et de la pensée quantitative unilatérale. Le nouveau concept de plurilinguisme affectif invalide les arguments des élites de l’UE qui, pour conserver leur pouvoir, sont prêtes à sacrifier les langues européennes par élaboration (Ausbausprachen) et les styles d’européanisation qui les entourent. Grâce aux découvertes de la Nouvelle Phénoménologie, il se dessine un terrain d’entente avec le plurilinguisme critique du ‘Sud global’. Contre la notion idéologique de l’ ‘intercultural speaker’, l’auteur propose le concept d’interlocuteur intereuropéen: ainsi, la prétention mondiale excessive est abandonnée au profit d‘implications normatives provenant du type de civilisation européenne et accessible par des atmosphères. Une esquisse du programme d’échange MONTAIGNE finit par tracer la voie d’une ‘épigénèse secondaire’ en tant qu’Européenne ou Européen, en s’implantant (all. einwachsen) charnellement et atmosphériquement dans une langue européenne inconnue et en s’intégrant (all. sich-einleben) au style d’européanisation correspondant. En conséquence, le plurilinguisme européen s’avère être le cas d‘un «rapport indivisible» (Hermann Schmitz) entre langue(s) et locuteur.
Du pluralisme européen. Considérations sur la 'convergence herméneutique' de différents styles d'européanisation. Une approche néo-phénoménologique
- Détails
- Catégorie : Plurilinguisme et mondialisation