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Traduttore mediatore - Le Bulletin de l'AUF rend compte des Assises

Traduttore mediatore - Le Bulletin de l'AUF rend comptre des Assises  

Patrick Chardenet qui représentait l'AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) aux Assises en tire magistralement la philosophie...

Traduttore mediatore

L'idée du plurilinguisme comme facteur de développement humain, cognitif et économique fait son chemin. Les premières Assises européennes du plurilinguisme se sont déroulées à Paris (24 et 25 novembre 2005), mettant en valeur les rôles des langues dans leurs interactions. Mais paradoxalement, plus cette idée fait corps avec les sociétés, moins nous avons l'impression que les bonnes décisions sont prises en ce qui concerne les dispositifs. Nous savons que l'existence de l'offre de langues dans les systèmes éducatifs dépend étroitement du nombre d'enseignants formés et à former (raison pour laquelle, le Brésil et l'Argentine par exemple, peinent à concrétiser leurs engagements réciproques à l'enseignement du portugais et de l'espagnol mais aussi, motif au non renouvellement dans ces pays, de postes de français suite à des départs en retraite). De ce point de vue, la gestion de l'offre revêt une importance décisive et ne devrait pas avoir pour conséquence son état restrictif actuel dans certains pays d'Europe avec un accroissement de la concentration linguistique. De la même façon, si le nouveau cadre stratégique pour le multilinguisme de la Commission européenne repose sur le proverbe slovaque « Kolko jazykov vieš, tolkokrát si clovekom » (« Plus tu connais de langues, plus tu es humain ») et si le régime linguistique des institutions européennes est fondé sur le principe d'égalité des langues officielles et de travail (une vingtaine aujourd'hui dont le français), un plan de restructuration de son service de traduction prévoit de réduire de 25 % le nombre de traducteurs ( allemand – 14, anglais – 3, français – 19, danois – 21, grec – 21, espagnol – 25, finlandais – 11, italien – 11, hollandais – 8, portugais – 17, suédois – 12, maltais – 2) [1]. Réduction de coûts dit-on. Pas sûr, car le calcul coût-bénéfice ne prend en compte que le budget de la Commission et pas ses effets socio-économiques : avantages donnés à certains États [2], aux citoyens natifs de cette langue qui bénéficient de l'accès direct et rapide à l'information et de la capacité à dominer dans une négociation, une résolution de conflit ou un échange scientifique se déroulant dans leur langue.

Aménager les relations entre les langues suppose de favoriser le développement de capacités d'interactions entre les locuteurs. Or ces moyens sont construits avec l'équipement de chacune d'entre-elles : écriture, dictionnaires de langue, grammaires, dictionnaires de traduction, manuels d'apprentissage, dispositifs d'enseignement et dispositifs de traduction. Si l'appropriation de compétences variables dans plusieurs langues est une solution, le recours à la traduction est l'autre versant de l'interaction. Traduttore, Traditore ? L'adage déplace le problème. Le terme même de traduction, en français et dans les langues romanes renvoie à un transfert actif alors que l'anglais translation garde de translatio la passivité d'une transformation, qu'en allemand, Übersetzung et Übertragung expriment un passage de l'autre côté, qu'en hébreu, targoum introduit la notion de cible et en polonais, tlumaczenie l'idée de tourner les pages [3]. À quoi renvoie le vertalen néerlandais ? “Traduction” n'est donc traduisible nulle part ailleurs que dans l'entre-les-langues. Traduire n'est pas trahir mais produire du sens par l'échange.

Patrick CHARDENET

URL : www.bulletin.auf.org/