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Six Nations : pourquoi plus d’arbitres de rugby devraient être bilingues

Publié le 9 mars 2017 à 13h24

Étant donné que la majorité des équipes de rugby à XV les mieux classées viennent de sociétés où l’anglais est la première langue, il est naturel que l’anglais soit la lingua franca du jeu sur la scène internationale. Cependant Waynes Barnes, arbitre de rugby de renommée mondiale, a récemment fait savoir que lui-même et ses collègues de la fédération anglaise de rugby à XV, l’instance dirigeante anglaise de ce sport, font tout leur possible pour améliorer leur communication sur le terrain avec les locuteurs d’une langue étrangère, allant même jusqu’à prendre des cours de français.

Cette politique semble avisée, mais sa mise en œuvre aura-t-elle une quelconque incidence sur la qualité de la communication pendant un match ?

Même ceux qui ont une connaissance très rudimentaire d’une langue étrangère peuvent apprendre la terminologie de base dans deux langues, mais tenir une conversation requiert une compréhension beaucoup plus nuancée du fonctionnement d’une langue. Barnes, qui est de l’avis général un bon francophone, l’admet : « Il est arrivé que des capitaines français me demandent de leur parler en anglais parce qu’ils me comprendraient mieux ».

Dans le rugby international, il est essentiel que les capitaines parlent suffisamment anglais pour communiquer efficacement, puis traduire ce que dit l’arbitre à leurs coéquipiers. Cela est apparu clairement pendant le tournoi des Six Nations 2017, dans les interactions entre les arbitres et Sergio Parisse, le capitaine italien, et Guilhem Guirado, le capitaine français. La capacité à comprendre ce que disent les officiels et à le relayer à leurs compatriotes est essentielle dans leur rôle.

Par exemple, Parisse, qui joue en France, a pu parler en français à l’arbitre français Romain Poite pendant le match Angleterre-Italie en février 2025 (un match au cours duquel l’Italie a déployé des tactiques suprenantes).

Prêt à apprendre

Puisque le but est une communication fluide, il vaut le coup de se demander si les arbitres anglophones seront vraiment capables de parler français ou italien mieux que les joueurs ne sont capables de parler anglais.

Cependant, les officiels peuvent tous apprendre le « code » du rugby à XV dans une autre langue, ce que l’expert du langage Adrian Beard décrit comme « une variété linguistique dans laquelle la grammaire et le vocabulaire sont propres à un groupe spécifique ».

Dans le rugby, cela veut dire que les officiels peuvent se sentir à l’aise en utilisant des termes importants dans un match, comme « knock-on » ou « ruck ». Ce type de communication ne suffit pas pour toutes les conversations entre les officiels et les joueurs, mais il est utile pour donner des instructions ou indiquer les infractions commises.

Des compétences linguistiques plus avancées s’avèrent utiles quand l’officiel a les moyens de les employer habilement. Quand il a arbitré un match entre l’Argentine et la Géorgie lors de la Coupe du monde de rugby en 2015, l’irlandais JP Doyle a choisi de s’adresser aux deux équipes en français. Son raisonnement était que, bien que ce ne soit la langue maternelle d’aucune des deux équipes, beaucoup de leurs joueurs avaient exercé leur métier en France et maîtrisaient donc mieux cette langue que l’anglais.

Cependant, l’intelligence que JP Doyle a montrée n’est pas toujours reproduite dans l’arbitrage, où l’utilisation d’un anglais non-standard peut engendrer de la confusion. Le Six Nations 2017 a vu des conversations discutables sur ce sujet. Il est difficile de voir comment, par exemple, l’appel de l’arbitre australien Angus Gardner aux joueurs français lors de leur match contre l’Angleterre à « arrêter de jouer les idiots » (stop playing silly buggers) aura vraiment franchi la barrière de la langue. Le langage familier est souvent incompréhensible pour un locuteur d’une langue étrangère, les officiels devraient donc être conscients des dangers de son utilisation.

Imposition de l’anglais

Un certain degré d’arbitrage bilingue est clairement un pas dans la bonne direction pour le rugby, un sport dont les équipes internationales de haut niveau parlent un petit nombre de langues. L’omniprésence de l’anglais peut en effet donner l’impression que le rugby à XV est un club fermé aux locuteurs non-natifs.

Le sport vise à créer une atmosphère de camaraderie dans les rencontres nationales et internationales, où les supporters des équipes adverses ne sont pas séparés mais encouragés à se lever et à s’asseoir ensemble. De cette façon, les matchs de rugby entre des nations rivales renforcent, selon Joseph Maguire, une « diminution internationale des contrastes » en encourageant l’enrichissement des relations entre les pays et en réduisant les sentiments de suspicion et d’inquiétude envers les autres nationalités.

Quand les instances organisatrices des sports choisissent de ne pas faciliter une meilleure forme de communication impliquant d’autres langues que l’anglais, cela ne fait qu’ajouter à la notion avancée par le théoricien de la traduction Lawrence Venuti selon laquelle l’imposition de valeurs culturelles de la part des pays anglophones a contribué à créer une approche impérialiste de la langue. En prenant mieux en compte les besoins des locuteurs non-anglophones, et en ne les désavantageant pas, le rugby à XV peut renforcer sa réputation de respect entre les cultures, et ce au-delà de la troisième mi-temps.

Traduit par Geneviève Le Gouguec

https://theconversation.com/six-nations-why-more-rugby-referees-should-be-bilingual-73645