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Exploiter le plurilinguisme à l'école

Le plurilinguisme fait partie du quotidien dans les écoles autrichiennes. Pourtant, il n'est que très peu pris en considération dans les programmes scolaires, comme le montrent des études récentes. Il existe des méthodes, mais elles ne sont pas utilisées, reprochent des spécialistes de l'éducation.
Le 21 février 2020, écrit par Marlene Nowotny, Ö1-Wissenschaft. Photo par Harald Schneider. Retrouvez l'article original écrit en allemand ici.

La "Journée Internationale de la Langue Maternelle" de l'UNESCO célèbre la diversité des langues et celle-ci est bien présente en Autriche. À part l'allemand plus de 250 langues y sont parlées quotidiennement. La part des élèves plurilingues en Autriche est importante : en 2018, elle s'élevait à plus de 30% dans les écoles d'enseignement général. Encourager ces enfants à développer leur langue maternelle en vaut la peine, c'est un fait connu depuis longtemps dans les sciences de l'enseignement, explique Alexandra Wojnesitz de L'Institut de Romanistique de l'Université de Vienne lors d'une conférence organisée par "Diskurs. Das Wissenschaftsnetz." (Discours. Le réseau scientifique).

Le plurilinguisme comme ressource

Madame Wojnesitz compare l'acquisition de la langue à la construction d'une maison. "Quand une fondation - la langue maternelle - n'est ni bien établie ni stable, il est ensuite difficile de s'élever au niveau supérieur", a exposé la linguiste. Apprendre, selon elle, une deuxième, une troisième voire une quatrième langue représenterait par la suite un défi beaucoup plus grand. C'est pourquoi il serait important de permettre aux enfants de développer leur langue maternelle à l'école également et de leur proposer des cours adaptés.
En outre, A. Wojnesitz est convaincue que le plurilinguisme devrait aussi être utilisé en cours comme ressource. Un programme scolaire adapté a d'ores et déjà été élaboré. Le "Curriculum Mehrsprachigkeit" (programme plurilinguisme) autrichien serait en place comme ouvrage de référence au Sud-Tyrol et en Suisse, mais pas ici, avance A. Wojnesitz.

Problèmes d'organisation à l'école au quotidien

Ici, c'est le système des classes d'aide à l'allemand qui a été instauré en 2018. Les enfants de langue maternelle différente de l'allemand et présentant des difficultés langagières dans cette langue reçoivent de 15 à 20 heures de cours en séparé. Les premières petites études sur le sujet ont révélé quelques points critiques, déclare Hannes Schweiger de l'Institut de Germanistique de l'Université de Vienne.
Dans ces études, la direction de l'école et les enseignants ont été interrogés.Certains d'entre eux ont rapporté des difficultés au niveau de la mise en place des classes d'aide à l'allemand sur le plan de l'organisation scolaire au quotidien, explique Schweiger. Des salles de classes libres viendraient parfois à manquer, les enfants subiraient sans cesse des moqueries du fait de leur participation à des cours de soutien et les groupes seraient souvent trop conséquents. Selon le linguiste, jusqu'à 26% des enfants font partie de telles classes d'aide à l'allemand à Vienne. Idéalement, les groupes devraient être composés de dix à douze élèves.

Les jeunes se soutiennent mutuellement

Dans de telles circonstances, le plurilinguisme des enfants ne peut pas être pris en considération dans l'enseignement, avance Schweiger. C'est précisément pour cette raison qu'il existe des projets pilotes réussis, comme à l'Université de Duisbourg, où l'allemand, le turc et la physique ont été croisés. Les enfants profitent du fait de pouvoir suivre les consignes d'une expérience en physique dans un enseignement dispensé à la fois en allemand et en turc. "Ils peuvent en effet transférer ce qu'ils ont appris dans une langue vers leur propre langue et dans l'apprentissage de la discipline", explique Schweiger.
Depuis 2018, l'Autriche a ses propres classes d'aide à l'allemand.
Une étude complémentaire de l'Institut de Sociologie arrive à des conclusions similaires. "Wege in die Zukunft" (Des chemins vers l'avenir) accompagne les élèves de la Neuen Mittelschule (collège pour les élèves de 10 à 14 ans) à Vienne depuis 2017. La plupart des adolescents interrogés, plus de 3000, parlent deux à trois langues. Les premiers résultats des sondages qualitatifs et quantitatifs ont montré que les enfants profitent souvent d'enseignements mutualisés. C'est ce qu'explique Veronika Wöhrer, qui participe à cette étude.

La réussite scolaire s'oppose à la séparation

“Ce sont justement les jeunes qui réussissent très bien leur parcours scolaire, qui parlent de camarades de classe auxquels ils sont très reconnaissants de les avoir aidés à apprendre l'allemand au début", explique V.Wöhrer. Les enfants et les adolescents auraient traduit les uns pour les autres et leurs camarades les auraient aidés à se débrouiller dans le quotidien scolaire. Au début de l'étude, en 2017, les classes d'aide à l'allemand séparées n'avaient pas encore été mises en place. Les premières furent instaurées en 2018.
Les résultats provisoires de l'étude s'opposent à une séparation des enfants et donc au système des classes d'aide à l'allemand en séparé, expose V. Wöhrer. Le ministre de l'éducation Heinz Faßmann, de l'ÖVP (Parti populaire autrichien), s'accroche pourtant à ce concept. Il n'existe pas encore d'évaluation définitive des classes d'aide à l'allemand mais le programme officiel actuel propose aux écoles la perspective d'une organisation plus flexible de ces classes en termes de taille ou de composition des groupes. Selon des experts, ces projets n'ont cependant toujours pas été mis en application.
Traduit de l'allemand par Auriane De Poorter