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La langue allemande séduit de nouveau les jeunes français (Les Echos)

Un article de Maxime Amiot paru le 3 novembre 2009 sur le site lesechos.fr

C'est un petit changement que le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, ne s'est pas privé de souligner hier, en recevant les recteurs des différentes académies allemandes : l'apprentissage de la langue de Goethe par les élèves français est en légère hausse. En 2009, 823.277 collégiens et lycéens étudient l'allemand, soit 15,4 % des élèves du secondaire, contre 15,3 % en 2008. « L'allemand est la seule des trois premières langues enseignées en France - anglais, espagnol, allemand - à avoir progressé depuis 2006 », pointe-t-on au ministère de l'Education nationale. Signe de la dynamique, 90.567 élèves de sixième étudient l'allemand, soit une augmentation de 22,8 % par rapport à 2003, où ils n'étaient que 73.763.

Ce n'était pas gagné d'avance, tant l'allemand avait été, au début de la décennie, délaissé par les écoliers français. En 2000, il était encore étudié par 18,2 % d'entre eux. Difficulté de l'apprentissage, austérité de la langue et de la culture, rappel de la période nazie : cette langue pâtit depuis longtemps de clichés tenaces. Et son utilité a pu détourner un certain nombre de collégiens pour qui l'espagnol ou le chinois constituent un apprentissage beaucoup plus rentable car parlé par des populations plus nombreuses. Autant d'anomalies - au vu des liens politiques et économiques tissés entre la France et le pays le plus peuplé de l'Union - que les gouvernements des deux pays ont entrepris de lever en annonçant, en 2004, une série de mesures destinées à soutenir l'apprentissage des deux langues dans leurs pays respectifs : accroissement des échanges entre élèves, communication accrue auprès des parents, possibilité de passer le double diplôme baccalauréat-Abitur… Un manuel d'histoire commun aux deux pays a aussi été lancé. Disponible depuis 2006 pour les ­classes de terminale et 2008 pour les premières, il sera accessible aux secondes à la rentrée 2010. Enfin, les « classes bilingues », dispensant à part égale un enseignement en français et en allemand, ont été renforcées : 8,2 % des élèves de 6e, soit 64.544 élèves, y sont scolarisés, soit trois fois plus qu'en 2004. Des facteurs auxquels il faut rajouter les récents succès des produits culturels allemands, tant au cinéma (« La Vie des autres », « Good Bye Lénine ») que sur le plan musical (Tokio Hotel).

Alors que l'Allemagne constitue toujours le premier partenaire commercial de l'Hexagone, les germanophones pourraient avoir de beaux jours devant eux, insiste-t-on par ailleurs à l'Education nationale. « On manque de salariés maîtrisant l'allemand, cela peut être un réel avantage de le parler du point de vue professionnel », relève Heiner Zumbasen, de l'Association des professeurs d'allemand en France. Selon une étude publiée en 2008 par la Chambre de commerce et d'industrie franco-allemande, l'allemand apparaît comme la deuxième langue la plus recherchée à « court terme » par les patrons de PME : 17,5 % des chefs d'entreprise y font mention, contre 45 % pour l'anglais.

Maxime Amiot, Les Echos