2024, 21-22 novembre
La variation diatopique qui affecte la relation entre langues et espaces a une valeur socio-langagière forte, particulièrement en contexte urbain. C’est ainsi que les phénomènes de contacts linguistiques, les processus de catégorisation de l’espace, les pratiques discursives urbaines se sont constitués en champ de recherche de « l’urbanité langagière » (Bulot et Messaoudi 2003). Celui-ci est en relation directe avec la dynamique historique et culturelle qui se déploie à travers le temps en déposant des traces mémorielles en constante recomposition.
Partant du constat qu’en Afrique particulièrement et partout ailleurs dans l’espace francophone, le plurilinguisme urbain est une réalité vivace, la ville est ainsi le lieu par excellence de l’hétérogénéité et du métissage des langues aussi bien que celui d’une certaine normalisation et homogénéisation des usages. En témoigne, par exemple, l’émergence de parlers urbains à vocation nationale en Afrique (Manessy, 1994). La ville a également partie liée avec le contexte social de production des discours et doit être considérée comme une « matrice socio-discursive » (Bulot et Veschambre, 2004, 2006). Sous cet angle, elle n’est pas définie exclusivement par son éventuel plurilinguisme et sa structuration socio-spatiale mais aussi par les « mises en mots » de l’espace, par les discours qui s’élaborent et circulent en son sein et à son sujet, à travers une série de marques de différentes natures. Parmi ces marques, les traces mémorielles investissent les productions verbales comme la toponymie, les complexes architecturaux, les formes d’expression culturelles, entre autres. De ce fait, la mémoire coloniale est particulièrement prégnante en Afrique francophone.