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The future of languages

Gaélique irlandais : « nous devons nous assurer de la survie du Gaeltacht »

Environ 27 000 étudiants suivent des cours de langue irlandaise dans le Gaeltacht

Original publié le 8 août 2021

Le premier baiser, l’indéfectible amitié d’une vie ou la découverte de la sauce burger rose dégoûtante du comté de Donegal.

Pour beaucoup de jeunes, passer de longs étés à étudier le gaélique dans un établissement du Gaeltacht est une expérience qui va bien au-delà du simple apprentissage d’une langue.

Habituellement, la région du Gaeltacht en République d’Irlande accueille chaque année près de 27 000 étudiants (dont plusieurs milliers viennent de l’Irlande du Nord), pour suivre des cours de langue.

Cependant, cela fait deux ans de suite qu’ils sont annulés pour cause de Covid.

Ces annulations ont porté un grand coup économique et social aux communautés rurales isolées, et certains craignent désormais que cela ne sonne la fin des traditionnels étés de cours au Gaeltacht.

Des centaines de foyers de la région ont pour habitude d’héberger les étrangers, et l’argent que leur rapporte cette activité constitue une source de revenus essentielle pour les familles.

 « Un mode de vie »

 

Máire Ní Choilm, à l’ouest du comté de Donegal, exerce l’activité de bean an tí (le nom donné aux habitants qui accueillent des étudiants de gaélique chez eux) depuis plus de trente ans.

Elle dit que l’argent payé par les étudiants pour ce type d’hébergement constitue la seule source de revenu pour de nombreuses familles d’accueil comme elle.

 « Il n’y a pas beaucoup de travail par ici et héberger des étudiants fait partie de notre mode de vie depuis très longtemps, ajoute-t-elle. En tant que bean an tí, je sais que beaucoup d’entre nous dépendent de ce revenu reçu pendant l’été ».

Selon Mme Ní Choilm, de nombreuses familles de la région utilisent cet argent pour permettre à leurs propres enfants d’aller à l’université.

 « Nous n’avions pas droit aux allocations chômage pour cause de covid1, alors certains ont dû aller chercher du travail ailleurs, se reconvertir ou louer leur logement sur Airbnb », explique-t-elle.

Bien qu’elle soit optimiste quant à la réouverture des universités du Gaeltacht l’été prochain, Mme Ní Choilm dit être « très inquiète » qu’une nouvelle année annulée ne signe la fin du mode de vie de sa communauté.

« Pour moi, ça passe ou ça casse l’année prochaine », ajoute-t-elle.

Pour beaucoup d’irlandophones, étudier au Gaeltacht fait partie intégrante de leur développement culturel et linguistique.

Órla Mc Gurk, professeure de gaélique originaire de Belfast, est tombée sous le charme du Gaeltacht dans le Donegal lorsqu’elle était adolescente.

Selon elle, c’est en grande partie son immersion dans cet environnement qui lui a permis de savoir parler couramment cette langue.

 « Les gens me demandent toujours comment j’ai fait pour apprendre aussi bien le gaélique, pour moi c’est seulement dû au temps que j’ai passé dans le Gaeltacht, dit-elle. C’est là-bas que j’ai appris cette langue, pas à l’école. »

« Un endroit unique en son genre »

 

Mme McGurk affirme qu’avoir étudié là-bas dans sa jeunesse a forgé une partie de son identité.

« Ça vous donne le sentiment de faire partie de quelque chose : vous pouvez nouer de nouvelles amitiés, danser le céilí2 et apprendre de nouvelles chansons, dit-elle. Là-bas, nous n’avions pas accès à internet ni aux réseaux sociaux, ni à quoi que soit de ce genre sur nos téléphones. Et pourtant, ça ne nous empêchait pas de passer un super moment. »

Cependant, elle s’inquiète aussi quant au futur des cours de langue dans la région.

 « Ça m’inquiète depuis le tout début du confinement, cet endroit signifie tellement de choses pour moi, regrette-t-elle. Quand j’aurai des enfants, je veux qu’ils aillent au Gaeltacht pour s’imprégner de la langue, je veux qu’ils vivent ce que j’ai vécu. Mais sans aide financière de l’État, comment être sûr que les universités pourront rouvrir ? »

De nombreuses petites entreprises du Gaeltacht dépendent des recettes générées par la venue des étudiants et de leurs familles.

Dominic Sweeney dirige un réseau de ferrys vers l’île d’Arranmore, terre d’accueil de l’université de langue gaélique Coláiste Árainn Mhóir.

Habituellement, environ 360 étudiants arrivent sur l’île par ferry pendant l’été, mais ce flux a été complètement coupé à cause de la pandémie comme le précise M. Sweeney.

 « Nous n’avions plus aucun visiteur à cette période », déplore-t-il.

 « En plus des étudiants, il y avait tous les fournisseurs : les bouchers, les boulangers, les fournisseurs de supermarché. Ce sont eux qui faisaient fonctionner tous ces établissements. »

Les centaines de familles contribuaient aussi fortement au fonctionnement du réseau de ferrys.

M. Sweeney ajoute que les subventions de salaire données pour son personnel à temps partiel l’ont aidé, mais qu’il a été très difficile de compenser la perte due à l’absence des étudiants et de leurs familles.

 « Nous avons toujours compté sur l’été pour passer les mois d’hiver, car il nous reste toujours un équipage complet à rémunérer et deux bateaux à entretenir », dit-il.

Une région isolée aux faibles ressources économiques

 

Le gouvernement irlandais a versé un total d’environ 240 000 € de subventions pour les salles communes du Gaeltacht, là où les cours se déroulent le plus souvent.

Par ailleurs, plus de deux millions d’euros d’aides ont été versés aux familles d’accueil.

Le conseiller de l’ouest du Donegal, Michael Cholm Mac Giolla Easbuig, rappelle cependant que ces aides ne suffisent pas et demande une participation plus importante de la part des gouvernements de part et d’autre de la frontière irlandaise.

Le conseiller a d’ailleurs déclaré que la situation sociale et économique précaire de la côte ouest du Donegal est « bien connue » sur le canal d’Irlande du Nord de BBC News.

D’après lui, la deuxième année d’absence des étudiants dans la région a impacté la communauté non seulement sur le plan économique, mais aussi « considérablement d’un point de vue social ».

« Stormont3 et le gouvernement de Dublin doivent absolument mettre en place une aide financière adéquate, seulement pour un an ou deux, afin de s’assurer de la survie d’une tradition très chère aux habitants de la région et aux étudiants », ajoute-t-il.

 « Les étudiants nous manquent. Venir dans le Gaeltacht constitue bien plus qu’un simple séjour linguistique et nous devons nous assurer de sa survie. »

 

1 En anglais Pandemic Unemployment Payment (PUP). Aide financière apportée par le gouvernement irlandais aux personnes ayant perdu leur emploi à cause du covid, de mars 2020 à mars 2022.

2 Le céilí est une danse traditionnelle irlandaise. Céilí signifie « rassemblement » ou « fête » en gaélique.

3 Le palais de Stormont, situé à Belfast, est le siège de l’Assemblée d’Irlande du Nord.

Auteur de l'article original : non mentionné, BBC

Traduit par Lorena Danhyer

Source : https://www.bbc.com/news/world-europe-58121407