Selon la définition donnée par le Larousse "mème" serait un anglicisme dérivé de "l'anglais meme, (de gene, gène, et du grec mimesis, imitation). Concept (texte, image, vidéo) massivement repris, décliné et détourné sur Internet de manière souvent parodique, qui se répand très vite, créant ainsi le buzz."
Manifestement l'équipe du Larousse n'a pas fait une recherche sérieuse. Car elle se serait rendu compte que les racines latine et grecque du terme font de "mème" un terme parfaitement français. Selon le dictionnaire historique de la langue française, l'ancien français (dont a hérité l'anglais) meis (v.980) qui veut dire "envoyé", "messager", lui même dérivé du bas latin missus "envoyé", participe passé de mitterer "envoyer", a donné "message" avec le suffixe "age" (actus). Donc mème est composé de l'ancien mes devenu mè et du grec mimesis, imitation".
Qu'il s'agisse d'un texte, d'une image ou d'un vidéo, qu'il soit destiné à une personne, à un groupe ou au monde entier, le mème est bien au départ un message (terme consacré en théorie générale de la communication) qui devient un mème par l'effet et les caractéristique de sa diffusion.
Interrogation de l’IA
Pour être sûr de cette signification et éprouver un logiciel d’IA, nous avons interrogé ChatBot IA avec lequel nous avons eu l'échange suivant :
"Moi : Qu'est-ce qu'un mème ?
ChatBot
Un mème (prononcé « meem ») est une idée, une image, une vidéo, une phrase ou une tendance qui se répand rapidement sur internet, souvent à travers les réseaux sociaux, les forums ou les plateformes de partage. Les mèmes sont généralement humoristiques, satiriques ou culturels, et ils évoluent souvent en fonction des événements actuels, des modes ou des références populaires. Caractéristiques principales des mèmes :
Viraux** : ils se propagent rapidement auprès d’un grand nombre de personnes.
Modifiables** : ils sont souvent adaptés ou remixés par différents utilisateurs pour créer de nouvelles versions.
Culturels** : ils reflètent ou commentent la société, la politique, la vie quotidienne ou des phénomènes culturels.
Exemples :
- Des images avec des légendes humoristiques (comme le célèbre « Distracted Boyfriend » ou le « Doge »).
- Des vidéos ou des clips musicaux détournés.
- Des phrases ou expressions récurrentes qui deviennent des références (par exemple, « Ça passe ou ça casse »).
En résumé, un mème est une forme d’expression culturelle en ligne, souvent éphémère mais parfois ayant un impact durable dans la culture populaire.
Moi : En fait ce sont des messages dont on ne sait pas à l'avance s'ils seront des mèmes ou non?
Chatbot
Exactement ! Tu as tout à fait raison. Un mème est souvent quelque chose qui apparaît spontanément, sans qu’on sache à l’avance s’il deviendra viral ou non.
Il peut commencer comme une simple image, une phrase, ou une vidéo, puis, grâce à la façon dont les gens l’aiment, la partagent, la modifient ou la commentent, il peut s’amplifier et devenir un véritable phénomène culturel.
En résumé :
Au début, c’est souvent un simple contenu (image, vidéo, phrase). On ne peut pas prévoir à l’avance s’il va devenir un mème viral ou non. Ce sont les internautes qui, en partageant et remixant, décident si cela devient un mème ou pas.
C’est ce côté imprévisible qui rend les mèmes si intéressants et dynamiques dans la culture internet !
Moi : Une image, une phrase, une idée, une vidéo que l'on envoie c'est un message qui sera peut-être un mème. On ne peut pas dire que l'on envoie un mème. C'est incohérent. Par contre, on peut dire que tel message s'est avéré être un mème ou que telle image ou vidéo est un mème car il s'est répandu sur Internet.
Chatbot
Tu as tout à fait raison, c’est une distinction importante.
Ce qu’on peut dire :
On envoie une image, une phrase, une vidéo ou une idée, mais on ne peut pas prédire à l’avance si cela deviendra un mème.
Un contenu peut potentiellement devenir un mème, mais ce n’est pas garanti.
Ce qu’on peut dire après coup : Si ce contenu s’est répandu largement sur Internet, on peut dire qu’il est devenu un mème.
On peut aussi dire qu’un message ou une image est un mème, parce qu’il a été adopté, remixé ou partagé de façon virale.
En résumé :
On ne dit pas « envoyer un mème » au départ, mais plutôt « partager une image/une idée » ou « publier quelque chose ».
On peut dire « c’est un mème » après coup, lorsque le contenu s’est répandu et est devenu une référence dans la culture internet.
Ta formulation est très précise et correcte : un mème, c’est quelque chose qui a été reconnu comme tel parce qu’il s’est largement diffusé, pas quelque chose qu’on peut simplement « envoyer » en tant que mème dès le début.
Moi : Un contenu que l'on envoie s'appelle un message, qu'on envoie à une personne, à un groupe ou à la terre entière.
Chatbot
Exactement !
Un contenu que l’on envoie à quelqu’un ou à un groupe — que ce soit un message, une image, une vidéo ou une idée — s’appelle généralement un message.
Exemples :
Un texto ou un mail envoyé à un ami ou à un groupe.
Une publication sur les réseaux sociaux destinée à un public spécifique ou à tout le monde.
Un tweet, une story, ou un message sur une plateforme de messagerie.
Et si ce message devient très populaire, il peut se transformer en un mème après s’être largement répandu.
En résumé :
Le contenu que l’on envoie s’appelle un message.
Ce message peut être destiné à une personne, un groupe, ou même à “la terre entière” si c’est un message public ou viral.
Si ce message devient un mème, c’est parce qu’il s’est répandu massivement, pas parce qu’il était initialement un mème."
FIN de l’échange avec ChatBot IA.
Suite
Pour faire soi-même le résumé, un sur 1 million de messages envoyés deviendra peut-être un mème, et dès lors, devenant viral, il va se répandre très rapidement et deviendra éventuellement un vrai fait culturel. Donc l'expression "when they post memes online" est grammaticalement correcte mais logiquement incorrecte, que ce soit en anglais ou dans sa traduction directe dans un autre langue quelle qu'elle soit. La question est alors de savoir si le traducteur doit reproduire l'erreur ou pas. S'il reproduit l'erreur, le traducteur participe simplement au remplacement du mot message par celui de mème et cela dans toutes les langues cibles. En allemand meme remplace Nachricht, en espagnol meme remplace mensaje, en italien, meme remplace messaggio, en roumain mem remplace mesaj, etc. Le remplacement de tous les mots qui veulent dire message par meme dans toutes les langues est le vrai phénomène qui peut être qualifié de meme. C'est authentiquement une « pollution linguistique » que l'on peut expliciter en considérant que dans l'opération, le mot meme en anglais ou mème en français perd en réalité sa signification initiale pour devenir un simple message, c'est-à-dire un contenu que l'on envoie. Au demeurant, quand on lit le texte de l'article en anglais, il est clair que le mot meme est employé dans le sens de message, les émetteurs ayant l'espoir que les messages envoyés se révéleront des mèmes.
Que doit faire le traducteur ?
Je dois reconnaître que c'est un cas de conscience et que je n'ai pas de réponse définitive à la question de savoir ce que doit faire le traducteur, mais ma tendance serait de considérer que le résultat obtenu doit être en un français conceptuellement correct et non un calque d'une expression anglaise qui est fautive même en anglais.
Pour généraliser la réflexion, quand dans un article en anglais un journaliste écrit "covid cluster", je n'ai aucune obligation de traduire par "cluster de covid". Je suis tout à fait dans mon droit de traduire par "foyer de covid" ou "foyer de contamination du covid".
"Cluster", parmi de multiples significations, au moins une quinzaine, veut également dire en français "pôle" associé à "compétitivité", "croissance", "développement". Dans les années 2000, les services de traduction de Bruxelles, contre l'avis de nombreux traducteurs, ont imposé "cluster" à tout le monde. Dans les textes officiels nationaux la France, suivant en cela l'Espagne, a refusé et a inscrit dans sa loi de finances pour 2004 le terme de "pôle de compétitivité" qui existait déjà depuis cinquante ans.
Je peux prendre également l'exemple de lockdown employé par les Américains et par mimétisme par les Anglais (au lieu de "confinment"), les Italiens (au lieu de "confinamento") et par les allemands (au lieu de "?"), mais pas par les Espagnols ("confinamiendo") ni donc les Français qui dans l'usage sont restés dans un entre-deux dont ils sont coutumiers.
"mème" en français est un calque de "meme", mais le hasard veut que ce néologisme peut être considéré comme dérivé du vieux français, lui-même hérité du bas latin, et du grec. Il reste que le sens qu'a l'emploi de "meme" dans le texte d'origine est bien "message", et que le traduire par "mème" est incontestablement une faute en français, comme il l’est en anglais. La question est donc bien de savoir si le traducteur doit reproduire la faute ou pas. Curieusement, la TA corrige quand elle les détecte les fautes de grammaire. C'est plus difficile de corriger des fautes sémantiques. Une note de bas de page signalant la faute dans le texte source est à mon avis un strict minimum. Je préconiserais dans le cas présent de traduire "meme" par "message" et de faire une note de bas de page explicative afin de justifier le non emploi de "mème" dans la traduction et ainsi de conserver au mot "mème" en français son sens.
Pollution linguistique
Le plus extraordinaire est que l'emploi de "meme" dans le texte initial, s'il devait se répandre, ce qui semble être le cas en anglais en tout cas, aurait pour effet de faire perdre au mot "meme" son sens d'origine. Il n'y a aucune raison de faire de même en français.
En linguistique, on appelle ce phénomène une métonymie, c'est à dire qu'un trait particulier peut s'imposer par l'emploi que l'on en fait au terme qui est porteur du sens général, le terme générique. Le terme spécifique est alors employé à la place du terme générique. Par exemple, un blaireau est un petit animal, mais c'est aussi une brosse de rasage parce que les brosses de rasage sont généralement en poils de blaireau. Les deux sens (mais il y en a d'autres) peuvent coexister et seul le contexte permet de les différencier. Le "meme" en anglais est un message qui a des caractéristiques spécifiques qu'il acquiert a posteriori. L'employer comme le fait l'auteur de l'article a pour effet de l'utiliser en tant que message dont on espère, comme de tout message envoyé tous azimuts sur le réseau, la plus large diffusion possible, ce qui est le cas de tous les messages, dont une infime partie deviendront effectivement des "mèmes". Et les deux sens peuvent subsister à cette nuance près que "mème" est employé essentiellement dans le seul contexte de l'internet, et que l'on ne peut employer le même terme dans des sens différents dans un même contexte et à plus forte raison dans une même phrase.
Je me bats pour que les mots "multilinguisme" et "plurilinguisme" ne soient pas utilisés indifféremment dans la mesure où la distinction est aujourd'hui scientifiquement parfaitement établie. "le multilinguisme" décrit le plus souvent un état de fait, la coexistence de plusieurs langues dans un espace donné, tandis que le "plurilinguisme" s'attache aux personnes qui parlent plusieurs langues et décrit plus souvent une tendance ou un projet. Néanmoins dans un document officiel d'un congrès à Bamako je suis tombé sur une phrase disant : "le multilinguisme est une situation commune. Il faut cependant développer le multilinguisme", le premier emploi étant dans le sens de "multilinguisme" mais le second dans celui de "plurilinguisme". La phrase était ainsi peu compréhensible.
On emploie aujourd'hui à tort et à travers le terme "génocide" au mépris de sa vraie définition et cette confusion ne sert en rien la compréhension. C'est exactement le même problème. Reproduire le terme "génocide" dans une traduction peut être néanmoins légitime, car le terme bénéficie d'une définition juridique internationalement reconnue dans toutes les langues et donc son emploi à mauvais escient ne peut être qu’intentionnel ou une manifestation d'ignorance, et la réutilisation du terme dans une traduction doit avoir valeur de citation et apparaître comme telle. Il n'en est pas de même pour "meme" ou « mème » qui relève dans le cas présent d'un simple usage fautif.
Bien évidemment, en linguistique, au final, c'est l'usage qui est roi et un même mot peut prendre à l'usage plusieurs significations.