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La stratégie langues vivantes de Najat Vallaud-Belkacem : esprit critique ! (article actualisé)

Version actualisée au 14 février 2016

Lorsque la ministre avait annoncé au printemps dernier sa volonté d'engager la diversification des enseignements de langues vivantes dès l'école primaire, en même temps que le démantèlement des classes bilangues, faisant peser sur les langues autres que l'anglais, l'allemand en premier, une menace redoutable, l'OEP a choisi de prendre la ministre aux mots.

Le résultat est tombé. Après la circulaire du 20 octobre 2015, dont nous avons signalé qu'elle opérait un recadrage, le pire n'est pas arrivé, le mieux reste en puissance.

Le tableau publié le 16 janvier sur le site de l'ADEAF laissait prévoir la fermeture de plus de 1000 classes bilangues. Le nombre de fermetures est finalement de 1192 soit -33,3 % (contre 622, annoncé le 22 janvier) selon le ministère, mais 1469 soit -41 % selon l'ADEAF. Le nombre de fermetures est très au-delà de la prévision. La chute est rude, mais on mesure le chemin parcouru par rapport au printemps. La ministre a écouté. La protestation et la mobilisation ont donc été utiles et constructives et doivent être poursuivies. Mais il faut aussi regarder l'ensemble des mesures et non seulement les classes bilangues qui sont quand même au coeur du dispositif, et y restent.

L'OEP ne prend pas de posture. Sa seule stratégie, c'est la défense et la promotion du plurilinguisme et de la diversité linguistique et culturelle. Il y aura dans les semaines à venir des analyses, des discussions pour bien évaluer la crédibilité et la portée des annonces de la ministre.

En première analyse, nous voyons trois points positifs et quatre points négatifs dans le programme de Najat Vallaud-Belkacem.

Commençons donc par les points positifs.

1) Enfin une stratégie.

C'est la première fois, depuis Jack Lang, qu'un ministre a une stratégie pour les langues vivantes. Nous ne citerons pas un précédent ministre qui avait fait du développement de l'enseignement de l'anglais dès l'école maternelle, en commençant par le 7ème arrondissement de Paris, son vaisseau amiral.

2) Diversification dès le primaire

Cette stratégie commence par la diversification par l'école primaire et, selon les chiffres annoncés, il ne s'agit pas seulement d'une déclaration d'intention, mais, à travers les cartes académiques des langues vivantes, d'un revirement majeur par rapport à la tendance passée. C'est bien un revirement majeur, qui n'est nullement nuisible à l'anglais, mais qui au contraire doit permettre aux enfants, d'avoir à un même niveau deux langues et non une.

La conséquence de cette diversification est de permettre le maintien ou la création de classes bilangues en sixième et d'assurer une continuité pédagogique dans la langue choisie dès le CP. En classes bilangues, les enfants ayant l'allemand ou l'espagnol par exemple dès le CP, pourront continuer l'allemand ou l'espagnol en sixième avec horaires renforcés, tout en commençant l'anglais. A défaut de classe bilangue, les mêmes enfants commenceront l'anglais en cinquième.

3) Informer les parents

La ministre a conscience de la nécessité d'éclairer les parents sur l'importance de l'apprentissage de deux langues au moins et non du seul anglais. D'où la création de la Semaine des langues. Cela aussi est un renversement, le ministère jusqu'à présent se réfugiant derrière la préférence des parents pour délaisser les langues autres que l'anglais. Enfin, le ministère reconnaît sa responsabilité dans l'information des parents et se défait d'une politique au fil de l'eau (pour les langues).

Passons maintenant aux points négatifs.

1) Une réduction du potentiel de classes bilangues.

Selon les estimations actuelles, entre 60 et 67 % seulement des classes bilangues seront maintenues, entre 1200 et 1500 classes seront fermées, ce qui représente une réduction importante d'un potentiel dont bénéficiaient des enfants et une véritable régression.

2) L'égalité ne trouve pas son compte.

Comment expliquer la quasi disparition des classes bilangues dans l'Académie de Caen quand 100% sont conservées dans l'Académie de Paris. Peut-être le recteur de l'Académie de Caen est-il hostile aux classes bilangues, tandis que le recteur de l'Académie de Paris en est un ardent défenseur. A suivre donc.

Sur le chapitre de l'égalité, soulignons cependant que 20 % des classes bilangues sont situées en REP et que la création de classes de langues autres que l'anglais dans le primaire est plus que significatif. Plus de 7000 écoles sont concernées sur près de 32 000.

3) La formation est absente du programme.

On avait déjà fait observer que les langues vivantes ne comptaient pas dans les épreuves de recrutement des professeurs des écoles, ni dans leur formation dans les écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE). On comprend que le ministère a fait fond sur les professeurs des écoles qui avaient déjà une compétence en langues, soit en raison de leurs origines, soit en raison de leurs diplômes, indépendamment de leur vocation d'enseignant. Mais avec de tels expédients, on ne fait pas une politique à long terme. Cet état de fait était déjà dénoncé par le rapport parlementaire du sénateur Jacques Legendre en 2003. La plateforme Eduscol ne saurait à elle seule répondre au besoin. Une clarification s'impose.

4) Pas de perspective à moyen terme

La stratégie annoncée porte curieusement sur la seule rentrée scolaire 2016 et ne dévoile aucune perspective à long terme. Où sont les objectifs ? Où sont les moyens ? Ceux-ci ne sont pas précisés. Il n'y a ni objectifs chiffrés et situés dans le temps, ni moyens en face. Tout le problème est là. Il faut un plan à moyen terme digne de ce nom.

Nous nous félicitons d'être sortis de l'obscurité, nous pourrions dire de l'obscurantisme ministériel qui prévaut en ce qui concerne les langues depuis des années, mais nous n'avons pas la lumière. Beaucoup reste à faire Madame la Ministre !

L'OEP

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