Logo de l'OEP

Seleziona la tua lingua

Logo de l'OEP

La cérémonie de la traduction (Le Monde)

15 mars 2012

Par Raphaëlle Leyris

Les nuits d'Hélène Morita sont encore hantées par 1Q84. Elle a consacré plus de deux années à traduire cette trilogie de Haruki Murakami, dont le dernier volet vient de paraître, et ses rêves restent traversés par certaines scènes. Surtout, raconte-t-elle, "dans le demi-sommeil qui précède l'endormissement, je retraduis des passages, je suis saisie par les remords..." Cette obsession 1Q84 n'est sans doute pas étrangère au "rythme très intensif" auquel elle a travaillé sur ce roman - 1 617 pages au final - ni à l'avidité avec laquelle les lecteurs français attendaient cette somme de la star japonaise. Une telle persistance est aussi, bien sûr, liée au fait que la traduction procède d'une forte imprégnation avec l'imaginaire et les mots d'un auteur, et qu'il est difficile de s'en détacher. Mais plus que pour beaucoup d'autres langues, la traduction depuis le japonais relève de l'adaptation. Si Patrick Honnoré et Ryoko Sekiguchi ont tous deux recours à l'image, répandue, de "l'interprétation", "comme on parle d'une interprétation musicale", leur consoeur Corinne Atlan, qui fut la première passeuse de Murakami en France, parle d'un "important travail de recréation". De quoi redoubler les angoisses et les doutes naturels du traducteur, proverbialement suspecté de trahison. Lire la suite...